Adjectif : analyses et recherches sur les TICE

Revue d'interface entre recherches et pratiques en éducation et formation 

Barre oblique

La classe inversée : objet de controverse

mardi 21 avril 2015.


Par Jennifer Cardinali

Dans certaines conditions, les outils numériques permettent d’apprendre autrement, de façon plus autonome et en étant plus acteur de ses apprentissages. Au-delà des aspects techniques, la posture de l’enseignant et son rôle évoluent, il est donc intéressant de comprendre comment favoriser l’adhésion de toute une équipe enseignante pour la mise en place d’une classe inversée dans un établissement, lorsque certains sont encore dubitatifs sur leurs propres capacités d’enseignants à recourir à une pédagogie active.

L’épisode 5 du web documentaire proposé sur le site de « espe-formation unistra » propose une vidéo nommée « besoins de formation » concernant la classe inversée. Il s’agit d’une interview auprès d’enseignants du lycée Marguerite Yourcenar à Erstein qui souhaitent créer des capsules vidéos. Les acteurs font part de leurs difficultés face à l’utilisation technique de certains outils numériques et affirment l’importance de savoir utiliser les fonctionnalités d’un logiciel avant de l’utiliser en classe avec des élèves : « Avant de pouvoir leur montrer, il faudrait déjà que je sois capable moi-même de le faire » (0,32’).

Les dialogues témoignent du besoin d’échanger entre professeurs et de remettre en question les pratiques et les attentes pédagogiques : «  C’est une démarche expérimentale qui nécessite un minimum de recul sur ce que l’on fait, d’interrogations, et l’échange qu’on peut avoir entre nous, c’est à la fois un moyen de faire progresser la réflexion et du coup les pratiques mais aussi un bon moyen d’éviter le découragement face aux déceptions éventuelles que l’on rencontre  » (1,38’’). Ensemble, ces enseignants semblent se soutenir.

Dans un article de l’Agence des usages TICE sur le site du CNDP, Isabelle Nizet et Florian Meyer, tous deux professeurs en Université, expliquent que la classe inversée peut être une forme de cours magistral traditionnel sur un support numérique : « Il faut cependant noter que le fait d’être exposé à un discours magistral de l’enseignant sur support numérique ne fait que reprendre une caractéristique de l’enseignement conventionnel, mais de manière médiatisée » (2015, page web).

Pour les enseignants il s’agirait donc de modifier la forme et non le fond de leur enseignement. Pourtant l’une des conditions requise pour la mise en place d’une classe inversée serait bien selon les auteurs que « l’enseignant [propose] des activités cognitivement significatives en classe, ce qui nécessite une bonne connaissance de la pédagogie active » (2015, page web). Ils constatent que même si l’enseignement traditionnel appelle à se renouveler, les élèves comme les enseignants ne sont pas toujours prêts pour ce changement de forme : « Les limites de la classe traditionnelle encouragent les enseignants et les élèves à expérimenter un changement de rôle dans la classe inversée, mais tous n’y sont pas prêts » (2015, page web).

Daniel Peraya, professeur honoraire de l’Université de Genève, expose un point de vue qui semble tout d’abord enthousiaste sur la pratique d’une classe inversée dans l’article « La classe inversée peut-elle changer l’école ? » publié en 2015. L’auteur écrit que « la pratique de la classe inversée, pour laquelle il existe en effet un intérêt grandissant, est potentiellement porteuse de changements, car elle fédère de nombreuses approches psychologiques, pédagogiques, technopédagogiques – certaines sont récentes, d’autres non - dont la littérature a déjà montré, dans certaines conditions, les effets positifs sur l’apprentissage. Une meilleure connaissance de celles-ci permettra de construire une pratique professionnelle moins empirique, plus efficace, mais aussi plus réaliste » (2015, p. 3).

Malgré ces potentialités, et face à de nombreux autres témoignages enthousiastes, l’auteur invite, tout de même, à modérer cet engouement : « évitons de tomber dans le prosélytisme et de croire que la technologie est la solution aux problèmes pédagogiques : l’histoire des TICE a toujours démenti ce point de vue technocentré. Ensuite, ne construisons pas le futur sans nous appuyer sur le passé. Pour de nombreux chercheurs et praticiens, en effet, une nouvelle technologie apporte ex nihilo de nouvelles problématiques et ses solutions innovantes  » (2015, p. 3).

Enfin, il note que l’engagement des enseignants dans ces nouvelles pédagogies ne relève pas uniquement de leur seule adhésion : « ne faisons pas croire que l’innovation pédagogique relève uniquement de la volonté des enseignants. De nombreux facteurs organisationnels, matériels, économiques et institutionnels limitent, de fait, leur champ d’action » (2015, p. 3)

De nombreuses questions, pas seulement pédagogiques, sont encore sans réponse concernant la classe inversée, ce qui n’aide pas toujours à trouver une cohérence dans les projets portés par une équipe.

Ressources associées

  • Site ESPE, École Supérieure du professorat et de l’éducation Académie de Strasbourg (2014) « Apprendre autrement en classe inversée », épisode 5 : Les besoins de formation, Vidéo 2’26, En ligne. Consulté le 12-03-15.
  • Site CNDP, Agence des usages TICE, Nizet Isabelle et Meyer Florian (2015) « La classe inversée : que peut-elle apporter aux enseignants ? » Article publié le 11/02/15. En ligne consulté le 12-03-15.
  • PERAYA, Daniel, (2015). La classe inversée peut-elle changer l’école ? Résonances. Mensuel de l’école valaisanne., n°6, PDF, p. 8-9 En ligne consulté le 26-03-15.

 

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