La difficulté d’intégration pédagogique des TICE dans les pays africains

mardi 10 février 2015.

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Par Anaïs Baronnat

Dans leur article Karsenti et Tchameni Ngamo (2009) interrogent l’intégration pédagogique des TIC en Afrique. D’après des témoignages et des observations recueillis en classe, ils constatent que l’enseignement avec les TIC resterait très magistral : les élèves ne seraient que très peu amenés à manipuler, ils s’ennuieraient souvent, et ils resteraient assez passifs. Les auteurs rappellent que « l’enseignement est surtout de type magistral où les rares manipulations – lorsqu’elles ont lieu – sont très contrôlées et performées à l’unisson par les élèves » (p. 64). Un des problèmes des pays d’Afrique aujourd’hui se situerait dans l’écart entre l’accès que les jeunes ont aux TIC en dehors du milieu scolaire et les enseignements qu’ils reçoivent. Dans la plupart des cas, « on ne voit dans les TIC qu’une discipline à enseigner, à “apprendre par cœur” » (p.58).

Les auteurs explicitent aussi que l’utilisation des TIC en classe devrait permettre de « développer des compétences ou de favoriser des apprentissages. » (p. 58). De plus, afin d’intégrer pédagogiquement les TIC, il faudrait, d’après eux, tenter de « dépasser l’enseignement de l’informatique et des logiciels » (p. 58). Cela permettrait d’appréhender l’apprentissage différemment et de rendre l’élève plus actif.

Enfin, les auteurs font l’hypothèse que les TIC seraient un moyen « d’améliorer grandement la qualité de l’enseignement au niveau de l’éducation de base » (p. 61) car leur utilisation en éducation peut être un élément dynamisant de l’accès au savoir (p. 60). Nous pouvons donc nous demander quelles utilisations des TIC sont actuellement identifiées en Afrique.

Toujours d’après l’article de Karsenti et Tchameni Ngamo, il est possible de catégoriser les utilisations potentielles des TIC dans le milieu scolaire selon 4 types d’intégration. Les auteurs présentent le premier, comme étant le plus représentatif, dans lequel les TIC sont considérées comme des objets d’apprentissage, c’est-à-dire que le professeur « initie les élèves à l’informatique » (p. 63). Ils disent du second type d’enseignement qu’il se rapproche beaucoup du premier mais que les élèves peuvent manipuler le matériel pour qu’ils puissent s’approprier le savoir (p. 66). Le troisième type concerne des utilisations de TIC dans diverses disciplines (p. 68) dont les enseignements restent centrés autour de la parole du maître. Ce dernier utilise les TIC pour le perfectionnement de ses leçons ou pour pallier au manque d’équipements (p. 69). Néanmoins, les élèves ne sont pas les acteurs de cet apprentissage avec les TIC. C’est ce que le quatrième type d’intégration des TIC essaie de faire, mais cela reste très peu répandu (p. 70). Dans ce dernier type d’utilisation, l’apprentissage est centré sur l’élève, c’est-à-dire que les élèves doivent réaliser une production à partir de TIC et ce, dans plusieurs disciplines scolaires.

L’article de Djeumeni Tchamabe (2013) interroge un exemple d’intégration des TICE dans l’éducation à partir du CARED (Curricula Accélérés pour la Réinsertion des Enfants Déscolarisés) qui est un programme intensif de 8 semaines permettant la réinsertion des enfants ayant quittés le système scolaire prématurément. Les enfants qui ont accès à ce programme ont en moyenne 13 ans. L’objectif consiste à les réinsérer dans un système scolaire dit « normal ». L’intégration des TIC dans l’éducation se fait par la numérisation des curricula [1] qui permet de répondre pragmatiquement aux problèmes d’enclavements du pays. L’intérêt de la numérisation serait de pouvoir retrouver les curricula sur ordinateurs, téléphones, télévisions, liseuses ou encore tablettes (p. 64). Ils pourraient être ainsi sauvegardés sur clef USB, CD, ou DVD (p. 74). Les contenus de ces documents numérisés pourraient alors aider à sensibiliser la communauté éducative au phénomène de déscolarisation. Aussi, la numérisation permettrait « de repérer les difficultés » de chaque élève pour un suivi plus personnalisé.

L’intégration des TIC se heurte à des difficultés et les inégalités d’accès aux TIC au sein d’un même pays subsistent. Les questions de formation des enseignants continuent à se poser et sans doute plus encore en 2015, compte tenu des défis éducatifs face à la croissance démographique.

Références

  • DJEUMENI TCHAMABE Marcelline, (2013), « TIC et curricula accélérées pour la réinsertion des enfants déscolarisés (CARED) au Cameroun », in revue : Francetice, pdf, 16 pages. [en ligne], http://www.frantice.net/docannexe.php?id=829, consulté le 22-10-2014.
  • KARSENTI Thierry et TCHAMENI NGAMO Salomon (2009), « Intégration pédagogique des TIC en Afrique », chapitre 5, « qu’est ce que l’intégration pédagogique des TIC ? » in revue : CRIFPE, pdf, pages 57-76, [en ligne], http://crdi.crifpe.ca/karsenti/docs/livre.pdf, consulté le 22-10-2014.

[1Un curriculum, étant, d’après l’article : « un ensemble d’éléments qui permettent l’opérationnalisation d’un plan d’action pédagogique au sein d’un système éducatif » (p. 61)


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