Intégration pédagogique des TIC : Stratégies d’action et pistes de réflexion. Ottawa, Canada

mardi 27 avril 2010.


J’aimerais partager avec mes acolytes du Laboratoire Etude et Apprentissage (EDA) de l’Université Paris René Descartes, un ouvrage de référence financé par le Centre de recherches pour le développement
international (Canada). J’ai observé, à des nuances près, de fortes similitudes avec les conclusions de cette étude.

En effet, après avoir organisé des focus group avec les éducateurs et des étudiants dans 60 établissements scolaires et Espaces publiques numériques entre décembre 2009 et avril 2010 à Ouagadougou au Burkina-Faso , Yaoundé au Cameroun, Chisinau en Moldavie, Kinshasa en République Démocratique du Congo et pour finir à Hué prochainement au Vietnam, cette ouvrage m’a permis de conforter mes observations préliminaires issues également de la collecte et l’analyse (en cours de traitement avec Modalisa) de 2 500 questionnaires.

Pourquoi un ouvrage qui traite de l’intégration pédagogique des technologies de l’information et de la communication (TIC) ? C’est la question de départ de Thierry Karsenti professeur à l’Université de Montréal.

Je comprends que l’idée de cette publication provient de l’observation de centaines de salles de classe par ses auteurs. Il est vrai que trop souvent, les chercheurs du ROCARE on retrouvé dans des écoles primaires ou secondaires, qui ont la chance de posséder ordinateurs et connexion Internet, un usage des TIC absolument abrutissant pour les élèves. Imaginez un peu le contexte écrit Thierry Karsenti… Nous sommes dans une école secondaire d’une grande capitale d’Afrique de l’Ouest. 95 % des élèves de ce lycée ont une adresse de courrier électronique et fréquentent les cybercafés.

Néanmoins, dans le cours d’informatique, on leur enseigne… les parties de l’ordinateur. N’est-ce pas là une ironie absolue ? Trop souvent, en Afrique, on ne voit dans les TIC qu’une discipline à enseigner, à « apprendre par coeur ».

Pourtant, l’intégration pédagogique des TIC, c’est bien plus. L’intégration
pédagogique des TIC, c’est l’usage des TIC par l’enseignant ou les élèves dans le but de développer des compétences ou de favoriser des apprentissages.

L’intégration pédagogique des TIC, c’est dépasser l’enseignement
de l’informatique et des logiciels. C’est amener les élèves à faire usage des TIC pour apprendre les sciences, les langues, les mathématiques. Intégrer les TIC, c’est aussi faire usage des TIC pour enseigner diverses disciplines.

Alors pourquoi cet immense fossé en Afrique ? Non pas le fossé technologique, dont tout le monde parle, mais plutôt ce fossé pédagogique où les 10 TIC sont enseignées aux élèves comme s’ils n’avaient jamais vu de cybercafés, comme s’ils ne connaissaient pas les téléphones portables, comme s’ils étaient nés à une autre époque.
En 2009, Internet fêtera ses 39 ans. En l’espace de quelques années seulement, cet outil d’abord réservé à l’armée puis aux universités est devenu, pour un nombre sans cesse croissant d’individus de tous les continents, un élément indispensable du quotidien. En effet, alors que l’on pouvait compter sur les doigts d’une seule main le nombre de cybercafés dans plusieurs grandes villes d’Afrique de l’Ouest et du Centre à la fin des années 1990, ces lieux d’accès à l’information semblent aujourd’hui s’être propagés dans les villes les plus reculées d’Afrique. Que ce soit à Tombouctou au Mali, sur l’Île de Gorée au Sénégal, à Bujumbura au Burundi, à Kumasi au Ghana, à Maputo au Mozambique ou encore à Lubumbashi en République démocratique
du Congo, il est maintenant très facile de trouver plusieurs cybercafés
pour consulter sa messagerie électronique ou encore rechercher des informations sur Internet.

Les TIC ont un potentiel inouï, et je souhaite vivement que ce chapitre
apporte quelques pistes de réflexion pour les praticiens, afin qu’ils prennent conscience de leurs erreurs. Comme l’indiquait Kofi Annan lors du dernier Sommet mondial sur la société de l’information à Tunis en novembre 2005, nous vivons une époque de mutations rapides où les technologies jouent un rôle de plus en plus central dans tous les domaines d’activité de nos vies.

En effet, les TIC ont une influence importante sur l’évolution de l’ensemble des sociétés de la planète et affectent de façon significative toutes les dimensions (économiques, sociales ou culturelles) du fonctionnement de ces sociétés.

Avec les TIC, tout change : les façons d’enseigner, de vivre, d’apprendre, de travailler, voire de gagner sa vie. Ces métamorphoses sociétales, plusieurs l’ont dit, les individus de tous les peuples ne doivent aucunement les regarder passer, ou les subir indifféremment. Au contraire, les citoyens de tous les pays, et notamment ceux d’Afrique qui accusent déjà un important retard dans plusieurs domaines, doivent être les artisans de leur destinée et, donc, participer activement à ce monde technologique.

Dans un discours prononcé le 28 août 2006 à l’Université de Nairobi, le sénateur démocrate et candidat à la présidence des États-Unis, Barack Obama, critiquait l’inertie de plusieurs pays d’Afrique en matière de technologie et d’éducation. Il a notamment fait remarquer que la Corée du Sud et le Kenya possédaient des économies similaires, il y a quelque 40 ans, mais que le pays asiatique a maintenant une économie 40 fois supérieure à celle de son homologue africain, en particulier parce que les technologies ont réussi à s’installer dans toutes les sphères de la société coréenne, y compris l’éducation.

Cet ouvrage sur les stratégies d’action et pistes de réflexion de l’intégration pédagogique des TIC est un livre collectif et bilingue. Il est divisé en 10 chapitres.

Le second est signé par le professeur Pierre Fonkoua de l’Université de Yaoundé I et s’intitule « Les TIC pour les enseignants d’aujourd’hui et de demain ».

Le troisième chapitre a été écrit en anglais par la professeure Thérèse Tchombé, maintenant à la retraite. Il porte sur les perceptions de l’apprentissage et son impact sur les pratiques d’intégration des TIC.

Le quatrième chapitre porte sur les TIC et les typologies des outils et systèmes. Il a été rédigé conjointement par trois chercheurs du projet : Mohamed Touré du Ministère de l’Éducation au Mali, Moses Mbangwana du ROCARE Cameroun et Pape Sene du ROCARE Sénégal.

Le cinquième chapitre porte sur l’intégration pédagogique des TIC, sur ce qui se passe réellement au niveau de l’usage des TIC par les élèves et les enseignants des classes observées. Il a été signé par moi-même et mon grand collaborateur, Salomon Tchameni Ngamo.

Le sixième chapitre porte sur les prérequis à une intégration pédagogique des TIC et est à nouveau signé par Salomon Tchameni Ngamo de l’Université de Montréal.

Le septième chapitre a été écrit par Kathryn Touré, à l’époque coordonnatrice régionale du ROCARE, et actuellement directrice régionale du CRDI en Afrique de l’Ouest. Il porte sur le processus d’appropriation des TIC.

Le huitième chapitre, signé par Djénéba Traoré, directrice actuelle du ROCARE, aborde les défis inhérents à l’intégration et à l’usage des TIC en éducation en Afrique.

Le neuvième chapitre présente une panoplie de stratégies prometteuses pour favoriser l’usage et l’intégration pédagogique des TIC. Il est signé par quatre chercheurs du projet : Papa Amadou Sène du Sénégal, de même que Lamine Diarra, Mohamed Maïga et Djénéba Traoré, tous du Mali.

Une conclusion générale vient clore cet ouvrage.

Pour citer ce document :
Karsenti, T. (dir.). (2009). Intégration
pédagogique des TIC : Stratégies d’action et
pistes de réflexion. Ottawa : CRDI.
Cet ouvrage est disponible sur le site du
projet : crdi.crifpe.ca/karsenti

Dépôt légal :
Bibliothèque et Archives Canada, 2009
ISBN : 978-2-9811100-0-8
Version 0.9
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moins restrictive).

Bonne lecture !


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