Appel à contribution pour la revue Questions vives

Des usages des TIC à la certification des compétences numériques : quels processus de formation et de validation ?
lundi 22 août 2011 par Georges-Louis Baron

Appel
à contribution – Questions vives n°17

Des
usages des TIC à la certification des compétences numériques :

quels
processus de formation et de validation ?

Coordination
du numéro : Cathia Papi, CURAPP, UPJV

Thématique
 :


Au
XXIème siècle, la majorité des activités
professionnelles et éducatives exigent une maîtrise et une
adaptation rapide à des usages divers et variés des outils
numériques. De même, alors que de nombreux services en ligne se
développent, l’acquisition de compétences numériques ou « 
e-skills » semble nécessaire à la participation à la vie
de la société. Or, si tout un chacun est supposé être familier
des technologies de l’information et de la communication (TIC),
force est de constater que, même pour les jeunes générations,
l’aspect ludique sous lequel sont bien souvent abordées les TIC
(Lardelier, 2006) n’implique pas forcément la maîtrise de leurs
usages. Certes, les recherches relevant de la sociologie des usages
(Perriault, 1989 ; Akrich, 1998 ; Jouet, 2000) ou de la traduction
(Callon, 1986 ; Latour, 1992) aussi bien que du modèle de genèse
instrumentale (Rabardel, 1995) ont démontré que, loin d’être
achevée lors de la mise sur le marché, la conception des artefacts
se poursuit dans le processus d’appropriation de ces objets
matériels ou symboliques par les usagers.

Mais les « bricolages »
(Lévi-Strauss, 1962 ; De Certeau, 1990) qui s’opèrent alors ne
sont pas toujours signes d’une créativité synonyme d’efficacité.
En effet, pour que s’instaurent des pratiques, c’est-à-dire des
comportements habituels, des usages correspondant à des utilisations
stabilisés caractéristiques d’une culture professionnelle
(Moeglin, 2005 ; Chaptal, 2007) il faut que les usages reflètent non
pas des tentatives fortuites mais des compétences. Ainsi, comme le
souligne Baron (2006), les outils informatiques ne sont pas des
dispositifs « presse-bouton », mais au contraire « des systèmes
complexes et programmables, dont la mise en œuvre requiert des
compétences et des connaissances spécifiques que n’ont en général
pas les jeunes », et qu’ils doivent donc acquérir pour un usage
raisonné de ces outils. C’est ainsi que les compétences
identifiées comme susceptibles d’être indispensables dans nos
sociétés ont été répertoriées dans des référentiels donnant
lieu à des dispositifs de certification variant selon les pays tels
que le Brevet et le Certificat informatique et internet (B2i et C2i),
le eDigital Competence Certificate (eDDC), la certificación
internacional de competencias informáticas, etc.

Distinct
du diplôme généralement délivré par les universités, le
certificat, entré dans le monde de l’éducation française par la
porte de la validation des acquis de l’expérience (VAE) et
officialisé dans la loi de « modernisation sociale » de 2002,
implique la mise en place de logiques, processus et organisations
différents de ceux caractérisant l’éducation et la formation
universitaire diplômante. En effet, prenant l’exemple de la
Commission technique d’homologation, Veneau et Maillard (2007)
mettent bien en avant la manière dont la certification participe
d’une logique d’employabilité. Si, dans le cadre du B2i et du
C2i, cette logique est justifiée par la transversalité des
compétences en jeu dans les usages des TIC, elle diffère
sensiblement de la logique de reconnaissance de la plus ou moins
complète acquisition de savoirs et savoir-faire propre au système
de diplômation. La certification implique ainsi de changer de
processus d’évaluation : il ne s’agit plus de noter les acquis
relatifs à un cours spécifique mais de valider des compétences
référencées. A l’instar de la certification de n’importe
quelle entreprise ou produit (Sutter, 2005), celle des compétences
implique effectivement une validation émanant d’un jury au regard
de l’évaluation de conformité des compétences à celles énoncées
dans le référentiel. La mise en œuvre d’un tel processus
occasionne, dans les établissements d’enseignement, un changement
d’organisation tant au niveau de l’évaluation que de la
formation dans la mesure où des objectifs et contenus pédagogiques
communs sont fournis en vue de permettre le développement
et la reconnaissance de compétences similaires chez les différents
apprenants des divers établissements.

Notamment développé dans les établissements scolaires et universitaires, le
processus de certification de compétences d’usages des TIC
introduit une nouveauté dans le système éducatif. S’éloignant
aussi bien des cours d’informatique ou de bureautique, que de
l’assistance technologique pour l’enseignement et
l’apprentissage, la visée de développement de ce que l’Union
Européenne désigne sous le terme de « compétence numérique »
semble d’autant plus novatrice qu’elle remet en cause les
traditions de diplômation, de découpages disciplinaires et de
transmission des connaissances avec la certification de compétences
transversales. Mais alors qu’une telle pratique est encouragée
tant au plan européen (recommandation du parlement européen et du
conseil du 18 décembre 2006) qu’au plan national (création, dès
le début des années 2000, puis généralisation du B2i et C2i en
France, par exemple), les établissements conservent une grande marge
de manœuvre dans la manière de favoriser et évaluer le
développement des compétences définies.

Dès
lors, quelles sont les compétences numériques identifiées et les
nouveaux systèmes d’organisation mis en place pour permettre leur
développement en France et à l’étranger ? Comment les différents
modèles d’évaluation s’articulent-ils ? Dans quelle mesure les
compétences validées résultent-elles ou non du processus de
formation ? Quelles sont les pratiques et représentations des
acteurs impliqués ? S’oriente-t-on ainsi vers une certaine
uniformisation des usages ? En quoi cela influence-t-il les pratiques
d’enseignement et d’apprentissage ? Alors que les recherches sur
les dispositifs de développement des compétences numériques
restent éparses, ce numéro vise à regrouper différents articles
de recherche (7000 à 8000 mots) et témoignages (1000 à 2000 mots)
sur cette thématique.

Bibliographie

Akrich,
M. (1998). Les utilisateurs, acteurs de l’innovation. Education
permanente
(134), 79-90.

Baron,
G.-L. (2006). De l’informatique à "l’outil informatique" :
considérations historiques et didactiques sur les progiciels. Les
logiciels de traitement de tableaux. In L.-O. Pochon, E. Bruillard &
A. Maréchal (Eds.), Apprendre (avec) les progiciels. Entre
apprentissages scolaires et pratiques professionnelles
(pp.
39-54). Neuchâtel : IRDP.

Callon,
M. (1986). Eléments pour une sociologie de la traduction : la
domestication des coquilles Saint-Jacques et des marins-pêcheurs
dans la baie de Saint-Brieuc. L’Année sociologique(36),
169-208.

Chaptal,
A. (2007). Paradoxes des usages des TICE. Les dossiers de
l’ingénierie éducative, Hors série
, 73-92.

De
Certeau, M. (1990). L’invention du quotidien, 1. Arts de faire.
Paris : Gallimard.

Jouët,
J. (2000). Retour critique sur la sociologie des usages. Réseaux,
4
(100), 488-521.

Lardelier,
P. (2006). Le pouce et la souris : enquête sur la culture
numérique des ados
. Paris : Fayard.

Latour,
B. (1992). Aramis ou l’amour des techniques. Paris : La
Découverte.

Lévi-Stauss,
C. (1962). La pensée sauvage. Paris : Plon.

Moeglin,
P. (2005). Outils et médias éducatifs. Une approche
communicationnelle
. Grenoble : PUG.

Perriault,
J. (1989). La logique de l’usage. Paris : Gallimard.

Rabardel,
P. (1995). Les hommes et les technologies. Paris : Armand
Colin.

Sutter,
E. (2005). Certification et labellisation : un problème de
confiance. Bref panorama de la situation actuelle.
Documentaliste-Sciences de l’information, 42(4-5), 284-289.

Veneau,
P. & Maillard, D. (2007). La formation à l’épreuve de la
certification. L’exemple de la Commission technique d’homologation.
Education et Sociétés, 2(20), 135-148.

Renseignements et soumissions sur le site :
http://questionsvives.sp.educaix.com/