Société des savoirs et fracture numérique en Afrique

par E-N Thibeault
dimanche 13 mars 2011 par Eric-Normand Thibeault

Eric-Normand Thibeault, doctorant à l’Université René Descartes

Laboratoire EDA

1. Contexte


1.1. A propos de fracture numérique

Actuellement, le fossé numérique qui sépare les pays du Nord des pays du Sud [1] tient d’abord à l’accès aux infrastructures : l’électricité, la connectivité, le matériel informatique. Elle tient aussi aux barrières éducatives (savoir lire), culturelles (avoir le goût de s’instruire) et linguistiques (maîtrise de la langue anglaise et française).

La fracture numérique s’éclate en une multitude de fractures qui font d’internet, un objet inaccessible pour des populations exclues de la mondialisation. Ces fractures sont conditionnées par différents facteurs : économiques, géographiques (opposition ville/campagne), âge (à la faveur des jeunes), l’équilibre des genres (inégalités hommes-femmes dans l’accès aux technologies), linguistiques (prédominance de l’anglais dans le cyberespace), éducatifs, d’emploi (accès à l’Internet sur les lieux de travail) et d’intégrité physique. Nombre d’auteurs font appels à l’expression de " fossé numérique " (en anglais : digital divide) calquée sur celle de " fracture sociale ".

L’émergence accélérée de la société mondiale de l’information a accentué les disparités d’accès aux nouvelles technologies et à leur contenu. Ces disparités sont flagrantes entre les pays développés et les pays en développement (Nord-Sud). Elles creusent également des fossés à l’intérieur même des sociétés, entre les milieux urbains et périphériques et y compris, au sein des classes sociales.

Pour Elie Michel [2], « d’une manière générale, le fossé numérique peut être défini comme une inégalité face aux possibilités d’accéder et de contribuer à l’information, à la connaissance et aux réseaux, ainsi que de bénéficier des capacités majeures de développement offertes par les TIC. Ces éléments sont quelques-uns des plus visibles du fossé numérique, qui se traduit en réalité par une combinaison de facteurs socio-économiques plus vastes, en particulier l’insuffisance des infrastructures, le coût élevé de l’accès, l’absence de formation adéquate, le manque de création locale de contenus et la capacité inégale de tirer parti, aux niveaux économique et social, d’activités à forte intensité d’information ».

1.2. La société de l’information

Dans son rapport mondial « Vers les sociétés du savoir » [3], publié en 2005, l’UNESCO met en garde contre cette société si les marchés sont libéralisés sans régulation par les États : elle serait certes mondiale, mais plutôt inégale, notamment dans l’accès aux savoirs. La société de l’information repose sur les technologies mais la société du savoir est plutôt le fruit de la connaissance, sous-tendue par l’éducation. Plus que jamais, la capacité de collecter, d’analyser et de trier l’information et de la transformer en une base de savoir, fait appel à une capacité critique. À la fracture numérique, sous ses différentes formes, et à la fracture lettrée s’ajoute ainsi une fracture cognitive : sans éducation, l’information reste une donnée brute.

Dans un récent article publié sur le site Adjectif [4], l’auteur évoque que la construction et l’amélioration des infrastructures, notamment celles concernant les technologies de l’information et de la communication (TIC) [5] favorisent la croissance économique.

Le concept de « société de l’information » semble devenu le paradigme de notre époque. Il repose sur la révolution des technologies de l’information et de la communication (TIC), facilitée par le déploiement des connections par câbles sous-marins et satellitaires, conjuguée à la mondialisation et à la globalisation. En réduisant les obstacles que sont le temps et la distance, les TIC laissent entrevoir des effets positifs potentiels sur les systèmes éducatifs, notamment pour l’apprentissage des élèves grâce à l’accès aux masses de connaissances disponibles en ligne, aux possibilités de suivre des formations à distance, d’apprendre à son rythme, d’obtenir un diplôme d’une université étrangère reconnue, de suivre des cours en visioconférence, etc. Dans les pays du sud, certains y voient la solution pour remédier à la faiblesse des moyens dont dispose le système éducatif opérant avec un extrême minimum de ressources et de matériels.

Les bénéfices de l’éducation sur les individus et les sociétés méritent encore d’être démontrés, même si cela paraît d’une évidence pour certains. Le niveau d’instruction, le revenu, la productivité et la santé sont liés. L’éducation est en effet incontestablement le levier le plus efficace permettant aux individus de s’affranchir, de développer leur potentiel et de contribuer en retour à leur communauté. L’éducation a un impact direct sur d’autres objectifs du développement comme l’autonomisation, la protection de l’environnement, la santé et l’amélioration de la gouvernance.

Lors des enquêtes de terrain réalisées entre 2008 et 2010 dans plus de 60 écoles par l’auteur de cet article, il a été constaté que 3% des écoles secondaires à Ouagadougou au Burkina-Faso et moins de 1 % des écoles publiques en République Démocratique du Congo (RDC) disposaient d’une salle informatique branchée à Internet [6]. Le dépouillement des résultats de l’enquête révèle les faibles investissements consentis par les États pour le financement de salles d’ordinateurs scolaires.

Pour doter en équipement informatique les écoles dont ils ont la charge, les États doivent mettre à la disposition des établissements scolaires les budgets suffisants. En l’absence d’investissement suffisant, dans de nombreuses villes, telles que Ouagadougou ou Kinshasa, ce sont les parents qui participent financièrement à la création de salles informatiques.

2. La Francophonie solidaire

Selon des données récentes, quelque 11 % de la population mondiale ont accès à Internet. 90 % de ces internautes sont issus des pays industrialisés : Amérique du Nord (30 %), Europe (30 %) et Asie-Pacifique (30 %) [7]. Dans les faits, la « géographie d’Internet » révèle que 82 % de la population mondiale ne représente que 10 % des connexions dans le monde.

Face aux grands enjeux planétaires, la Francophonie institutionnelle a saisi la nécessité de se mobiliser et de faire front. Sa présence active et concertée au sein des instances internationales de décision lui permet de donner résonance à ses positions. Dans le domaine de l’éducation comme dans celui de la culture et du numérique, la Francophonie souhaite préserver les valeurs dans lesquelles une société trouve, en même temps que son identité, les ferments de son développement ou de son renouveau. Son action est également marquée par la perspective d’accroître une présence plurielle dans l’univers numérique.

L’appropriation d’une culture numérique favorise un intense bouillonnement créatif dans tous les champs de l’activité humaine. Paradoxalement, le passage au numérique augmente aussi le risque de fragilisation et de marginalisation du français comme des autres expressions linguistiques au sein de la Toile.

Avec une volonté concertée de contribuer au développement humain et à l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement, le Sommet mondial sur la société de l’information a montré que l’Internet est au cœur du développement de nos sociétés et qu’il soulève d’importantes questions de pouvoir et de géopolitique où une contribution de la Francophonie est attendue.

2.1. La solidarité francophone pour lutter contre la fracture numérique

En matière de solidarité numérique, Didier Oillo, directeur de l’innovation pédagogique et de l’économie de la connaissance à l’Agence universitaire de la Francophonie précise que le développement et la diffusion de l’expertise sur l’économie de la connaissance est au centre des interventions de l’AUF. Le réseau universitaire, fort de 759 établissements répartis sur tous les continents, est présent dans 90 pays. Le réseau des universités francophones joue un rôle considérable dans la réduction de la fracture numérique par une offre de formation visant à accroître la maitrise des TICE en faveur de la communauté éducative [8].

La constitution d’une société de l’information et du savoir et l’utilisation généralisée des TIC peut aboutir à des progrès décisifs en matière de développement humain par le partage des connaissances accessibles à tous, ou bien contribuer à des sociétés divisées, traversées de diverses fractures, dont la fracture alphabétique et la fracture numérique.

Il apparaît que les infrastructures ayant permis l’accès aux TIC (dont Internet) ont connu une expansion considérable sur le continent africain depuis le début des années quatre-vingt. On constate ainsi qu’au cours des deux dernières décennies quatre réseaux de câbles sous-marins ont été déployés. Internet n’est pas une fin en soi ; il constitue un outil additionnel pouvant appuyer de multiples initiatives de développement [9].

D’une part, internet offre la possibilité aux secteurs privés des pays industrialisés (dont les universités) qui ont la maîtrise technologique, les contenus éducatifs et le bassin d’experts et d’enseignants, de développer, mettre à jour et offrir en ligne des programmes éducatifs. Les pays du nord disposent des ressources pour produire une masse considérable de programmes tandis que plusieurs millions d’étudiants du Sud se trouvent confrontés à une réalité lourde de conséquence pour leur avenir : un accès aux savoirs académiques restant limité. Ces besoins criant représentent la manne à saisir pour les universités du Nord qui y voient un marché à conquérir. La détérioration du système éducatif africain est dores et déjà un marché dont la régulation par l’État central fait défaut.

Pour certains chercheurs, internet permettra aux pays en voie de développement de faire un grand bond pour entrer dans la société des savoirs. Pour d’autres, il est davantage un produit de luxe et il vaut mieux maintenir l’attention sur les problèmes de base tels que la construction de salles de classe, l’achat de livres scolaire et la formation des enseignants, etc. Selon Olivier Sagna, Secrétaire général de l’Observatoire des systèmes d’information, des réseaux et des inforoutes au Sénégal, les gens qui avancent que l’Afrique a d’autres problèmes à régler avant de s’intéresser à internet sont souvent des citoyens des pays du Nord. Sagna ajoute que le besoin d’internet est plus fort dans les pays du sud que dans les pays du nord.

D’emblée, l’établissement scolaire doit disposer de ressources financières nécessaires pour d’abord s’équiper d’une salle informatique, entretenir en état de fonctionnement le matériel puis être en mesure de renouveler ses équipements dont la performance périclite en à peine quatre ans après acquisition. Un facteur exogène à prendre en compte consiste à l’approvisionnement fiable en électricité. A défaut de quoi, l’usage de l’outil informatique demeure frustrant pour les enseignants qui voient interrompu subitement leur cours suite à une coupure d’électricité. Parallèlement, il faut former des formateurs pour accompagner les enseignants à manipuler, maîtriser pour ensuite qu’ils puissent enseigner avec les ordinateurs en classe. Ainsi donc, deux aspects distincts sont à considérer : d’une part, l’investissement matériel et, d’autre part, la formation des enseignants.

La fracture numérique se superpose à ces ruptures et sépare ceux qui ont accès au savoir et participent à son partage, et les autres, les laissés-pour-compte de la société du savoir. Malgré tout, des espoirs semblent permis grâce à différentes formes d’initiatives porteuses d’innovation. Ces diverses initiatives poursuivent avant tout l’objectif d’aider les pays du Sud à exprimer leur créativité, bien plus que d’offrir une vitrine toujours plus importante aux pays du Nord. A des fins d’illustrations, nous décrirons trois différents types de projets solidaires soutenus par la Francophonie.

2.2. Illustration de solidarité numérique : les campus numériques [10]

Un Campus numérique francophone (CNF) est une implantation de l’Agence universitaire de la Francophonie. C’est une appellation générique – au même titre qu’un label - pour des structures promouvant les TIC/TICE pour la communauté scientifique et universitaire. Par le passé, cette appellation incluait aussi les centres d’accès à l’information (CAI) qui ont progressivement été remplacés par des campus universitaires assurant un service plus complet.

Un CNF est implanté dans un établissement membre de l’AUF. Il est cogéré par l’Agence universitaire de la Francophonie et l’université qui l’accueille, et sa politique est définie par un Conseil national d’orientation regroupant les principaux partenaires du pays, répartis en plusieurs collèges. Il bénéficie d’une convention d’hébergement avec l’établissement d’accueil, précisant notamment les apports de chaque partie, et en général d’un accord de siège, quand il représente l’AUF dans le pays.

En réponse aux besoins de la communauté universitaire locale, l’AUF accompagne les établissements universitaires du sud dans la création et la gestion de Campus numérique. Bien au-delà des capacités d’un plateau technique, il s’agit d’un partage de savoirs et de savoir-faire, dans l’esprit associatif qui guide l’AUF. Ayant pour vocation à :

  • appuyer l’ensemble des actions de programmes mises en œuvre par l’AUF et à assurer le relais des besoins exprimés sur le terrain pour guider l’adaptation nécessaire des programmes ;
  • développer des partenariats concrets, notamment avec les coopérations bilatérales et internationales, qui s’impliquent de plus en plus dans le dispositif des CNF en lui apportant leur soutien financier ; l’AUF propose aux établissements membres un puissant outil de partage et de capitalisation des expériences facilitant la structuration de l’offre pédagogique et scientifique, les échanges et la mise en œuvre de projets scientifiques.

Le réseau des CNF est ainsi à la fois :

  • un réseau humain de compétences ;
  • un réseau physique d’implantations adaptées à leur milieu universitaire ;
  • un réseau électronique d’échanges pour des services diversifiés ;
  • un réseau de partenaires qui oeuvrent dans la même direction ;
  • un réseau de projets opérationnels et innovants qui s’appuient les uns sur les autres dans le cadre de la politique générale de l’AUF.

Au cours d’un entretien avec l’auteur de cet article, Didier Oillo soulignait que : « les Espaces publics numériques (EPN), tels que les Campus numériques et les Maisons des Savoirs ont de beaux jours devant eux car ils pallient au manque de moyens des établissements scolaires ».

2.3. Expérience pilote : les Maisons des Savoirs de la Francophonie

Pour lutter contre la fracture numérique, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) [11] et l’Association internationale des Maires francophone (AIMF) [12]
se sont associé à plusieurs villes pour créer les Maisons des Savoirs. L’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) [13] et TV5Monde sont partenaires associés au projet. Les Maisons des Savoirs sont des espaces publics numériques ouverts à toute la population, en particulier aux jeunes et aux femmes, offrant un accès facile et peu coûteux, notamment aux savoirs et à la culture numérique. Les Maisons des Savoirs proposent différentes activités culturelles et éducatives, notamment l’initiation aux logiciels libres et au multimédia afin d’en renforcer l’usage éducatif.

Le projet pilote des Maisons des Savoirs vise à doter les villes participantes d’un lieu physique regroupant un ensemble d’espaces qui permettent d’offrir des services multiples - outils numériques, ressources internet, bibliothèques - permettant la transmission des savoirs. Les MDS sont gérés selon un modèle multi-acteurs (co-gestion).

Une MDS offre des services polyvalents d’accès aux connaissances en utilisant tous les médias existants. Elle est une structure complémentaire d’appui aux institutions de formation du milieu en offrant aux utilisateurs des ressources de sensibilisation, de formation initiale, d’auto-formation et d’accompagnement pour la réalisation d’un projet individuel ou collectif. La gouvernance du projet est assumée par un comité de gestion créé dans chacune des villes hébergeant une MDS [14].

Dans chaque ville d’implantation, les autorités de la ville s’engagent par convention avec l’OIF et l’AIMF sur le partage des responsabilités pour l’installation, le suivi et le développement de la MDS. Cette convention cadre tripartite définit les devoirs, obligations et engagements respectifs de chaque partenaire pour la durée de la phase pilote du projet MDS.

L’enjeu principal d’une telle initiative demeure, à long terme, l’appropriation par les partenaires : sachant que tout projet a, par définition, une durée de vie limitée dans le temps, variant en moyenne de 3 à 6 ans, qu’adviendra-t-il des Maisons des Savoirs à la fin des projets, lors du retrait du financement par les bailleurs de fonds ? Est-ce que les collectivités locales disposent des ressources financières et de la volonté politique pour assumer les coûts d’une continuation ?

2.4. Illustration de l’initiative de l’Association Internationale des Maires de la Francophonie (AIMF) : Centres multimédias municipaux [15]

L’action de l’AIMF dans le cadre de son programme de solidarité numérique vise, depuis une quinzaine d’années, à :

  • sensibiliser les élus et les cadres municipaux aux enjeux des usages locaux des TIC et de l’internet ;
  • faciliter, par les TIC, l’accès à l’information sur la gestion municipale ;
  • soutenir la création de centres multimédias municipaux et des Maisons des Savoirs, accessibles à des tarifs « sociaux » et dispensant des formations de qualité, plus particulièrement adressées aux jeunes ;
  • former les animateurs de ces centres ;
  • renforcer la formation et l’accès aux TIC et à l’internet dans les établissements d’enseignement ;
  • valoriser les productions des enseignants et favoriser entre eux les échanges d’expériences [16].

L’AIMF appuie également ses villes membres pour l’informatisation de certains services et l’accès à l’internet, et travaille sur la mise en place de « Guichets uniques » permettant de renforcer la communication entre administration et administrés et d’offrir à ces derniers, un accès plus facile aux informations municipales (principalement au Congo, Togo, Niger).

2.5. Quels sont les modes d’interventions permettant d’apprécier les solidarités numériques ?

  • Le développement et la diffusion d’outils pour accompagner l’appropriation de la culture numérique par les milieux spécialisés ;
  • l’aide à la dotation en biens et équipements numériques pour donner un accès aux œuvres culturelles et aux savoirs numérisés ;
  • la production, le partage et la diffusion d’informations pour renforcer le maillage des communautés francophones d’intérêts communs ;
  • l’organisation d’activités de formation pour acquérir des compétences numériques ;
  • la mise à disposition d’expertise ;
  • l’organisation d’évènements internationaux et régionaux spécialisés.

3. Discussion

Nous avons vu plus haut l’ampleur de la révolution qu’a constituée la diffusion des technologies de l’information et des communications. L’utilisation des TIC, la diffusion et le partage des connaissances doivent être mis à profit pour la réalisation des objectifs de développement que la communauté internationale s’est fixé et qui sont cristallisés dans les Objectifs du millénaire pour le développement. Les applications des TIC peuvent effectivement contribuer au développement durable dans les domaines de l’administration publique, du commerce, de l’enseignement et de la formation, de la santé, de l’emploi, de l’environnement, de l’agriculture et des sciences.

L’apport des TIC dans toutes les sphères de l’activité humaine et leur potentiel immense est reconnu mais leurs bienfaits sont inégalement répartis. On voit ainsi se multiplier de nombreuses fractures entre le Nord et le Sud, mais aussi au sein de chacune de nos sociétés.

A cet égard, les TIC semblent offrir des réponses à la préoccupation pressante de la scolarisation qui atteint à peine 40% dans de nombreux pays sub-sahariens [17]. Selon l’Unesco, les États du sud font face au manque de 1,159 millions de postes d’enseignants d’ici à 2015 en Afrique subsaharienne.

Selon le chercheur Jean-Marc Bernard [18], après des années de progrès - du moins, en termes quantitatifs -, la scolarisation primaire a toutes les chances de marquer le pas en Afrique subsaharienne. Est en cause le déficit d’enseignants, devenu chronique après que la plupart des pays ont coupé les vannes du recrutement de fonctionnaires sous la pression des bailleurs qui exigeaient des économies budgétaires. Selon l’Unesco, il manquera 2,3 millions d’enseignants d’ici à 2015 (prise en compte des départs - retraites, démissions, décès -) pour satisfaire aux objectifs du Millénaire fixés par les Nations unies [19].

Les différentes ruptures, dont on a souligné la complexité et la variété de formes, convergent vers ce qu’il convient d’appeler la fracture cognitive, au sujet de laquelle le rapport de l’UNESCO stipule : « qu’elle additionne les effets des différentes fractures observées dans les principaux champs constitutifs du savoir (l’accès à l’information, l’éducation, la recherche scientifique, la diversité culturelle et linguistique) » [20].

Même dans les systèmes éducatifs les plus avancés en termes de pratiques et d’usages des TIC, l’enseignant conserve une place fondamentale dans le processus d’acquisition de l’étudiant. La pratique pédagogique en classe s’accomplit avec l’enseignant et pas sans lui. L’usage est piloté par l’enseignant qui accompagne l’élève dans sa quête du savoir et ceci à l’intérieur d’un programme éducatif déterminé.

L’apparition des TIC interpelle donc l’acte d’enseigner et l’acte d’apprendre. Pour les enseignants qui y recourent, la maîtrise des TIC nécessite de développer des habilités nouvelles et, en plus, de posséder une certaine aisance dans la manipulation de l’outil informatique et de ses périphériques.

Malgré les investissements majeurs consentis au cours des deux dernières décennies pour le déploiement d’espaces numériques dans la grande majorité des écoles des pays industrialisés, il est impensable de remplacer les enseignants par des ordinateurs. Même si des expériences sont conduites au Canada ou au Danemark notamment, on observe que l’enseignant demeure la principale source de transmission des savoirs.

[1L’appellation est principalement utilisée pour désigner les pays en situation « intermédiaire », plus développés que les pays les moins avancés, pour qui le terme « sous-développés » est plus exact, pour désigner la situation de pays qui stagnent voire régressent sur le plan du développement économique et humain. Le terme, plus politiquement correct que « pays sous-développés », peut être utilisé pour désigner l’ensemble des pays qui ne font pas partie des pays industrialisés ou pays dits développés du Nord (voir typologie économique des pays).

[2in « Le fossé numérique. L’Internet, facteur de nouvelles inégalités ? », Problèmes politiques et sociaux, La Documentation française, n° 861, août 2001, p. 32.

[3Vers les sociétés du savoir, Rapport mondial de l’UNESCO, 232 pages, Paris, 2005.

[5Pour l’auteur de cet article, les TIC comprennent trois grandes catégories : technologies de l’information - matériel informatique, logiciels et périphériques, et culture informatique ; technologies de télécommunication - réseaux de téléphonie, radiodiffusion et télévision, satellites, téléphonie cellulaire et autre connexion à large bande ; technologies de réseautage - internet et un large éventail d’applications sur Internet.

[6Doctorat portant sur les pratiques et les usages des TIC en classe dans les écoles au sein de l’espace francophone. Thèse de doctorat en cours sous la Direction de Georges-Louis Baron à l’université Descartes.

[7Vers les sociétés du savoir, Rapport mondial de l’UNESCO, Paris, 2005, p. 29

[8Voir sur le site internet de l’AUF

[9L’Afrique a-t-elle besoin d’Internet ? Interview publié dans le Monde interactif du 9 mai 2001.

[10Source : www.auf.org

[11L’OIF et le projet pilote des Maisons des Savoirs décrite dans l’allocation de Secrétaire général de l’OIF à Ouagadougou en mai 2010.

[12Description complète du programme de la solidarité numérique : http://www.aimf.asso.fr/default.asp?id=13

[13Présentation de la direction de l’économie des savoirs de l’AUF http://www.auf.org/l-auf/nos-programmes/innovation-par-tic.html

[14Chaque comité de gestion est présidé par le Maire (ou son représentant) et composé des représentants du pouvoir local, ceux du gouvernement, de la société civile, des représentants des acteurs économiques et culturels et un représentant des animateurs de la MDS.

[15L’Association Internationale des Maires Francophones est le réseau des élus locaux de 48 pays où le français est langue officielle, langue de communication ou une langue largement utilisée, et qui se retrouvent autour de ces valeurs communes que sont la place des femmes dans les processus de décision, la démocratie participative ou encore la planification du développement local.

[16L’AIMF a mené sur ces thèmes un travail de sensibilisation, dont la première initiative a été un colloque organisé à Paris en 2004 sur le thème « Villes et NTIC ».

[17Institut statistique de l’Unesco, taux brut de scolarisation par pays.

[18Le Monde, article publié le 09 Décembre 2009, Jean-Marc Bernard, professeur à l’Institut de Recherche en Éducation : Sociologie et Économie de l’Éducation (IRED). Courriel : jean-marc.bernard@u-bourgogne.fr

[19Somme de l’ONU du 20 au 22 septembre 2010 à New-York portant sur le suivi des objectifs du millénaire : http://www.un.org/fr/mdg/summit2010/

[20Vers une société des savoirs, Rapport de l’UNESCO télé déchargeable à l’adresse suivante : http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001419/141907f.pdf


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