Les récents déploiements de fibres optiques par cables sous-marins en Afrique

Rédigé par E-N Thibeault
lundi 21 février 2011 par Eric Thibeault

Cet article présente un état de question sur la connexion de l’Afrique à des liaisons internet haut débit. Il discute également en termes éducatifs, l’accès aux savoirs en ligne chez les étudiants africains.

Par : Eric-Normand Thibeault

Doctorant à l’Université René Descartes

Laboratoire EDA

1 – Déploiement de la fibre optique en Afrique

Quarante ans après la création d’Internet, pourquoi soudaine cette frénésie de brancher l’Afrique au reste du monde par fibre optique ? Essentiellement parce que les télécommunications par voie satellitaire ont un coût exorbitant et, surtout, elles sont moins performantes que celles par câble sous-marin.

L’effervescence n’épargne que peu de pays, seuls les dix pays de la côte occidentale qui sont connectés au câble sous-marin à fibre optique SAT 3. Pour les autres, c’est la frénésie de la connexion. Les pouvoirs publics et les opérateurs nationaux de télécommunications mettent les bouchées doubles pour se connecter aux câbles sous-marins à fibre optique.

En 2010, les tarifs de connectivité oscillaient entre 3 000 et 5 000 USD le Mbps par mois [1].

C’est grâce au récent déploiement des infrastructures de communication à très haut débit par fibre optique que le prix de connectivité a été divisé par sept dans certains pays en Afrique.

L’expansion tentaculaire du réseau via le déploiement du câble sous-marin
trans-continental est phénoménale. Au cours des décennies 80, l’Europe s’est connectée aux Amériques, puis au cours des années 90, l’Asie a rejoint le réseau [2]. Le secteur privé assoiffé de profit a étendu ses ramifications au seul continent laissé pour compte par le marché : l’Afrique. C’est au cours de la décennie des années 2000, mobilisant plus de 45 milliards de dollars qu’a été déployé le long des côtes occidentales et orientales du continent africain plus de 60000 km de fibres optiques [3]. Le réseau ainsi développé permet aujourd’hui l’utilisation de canaux de communication à de nombreuses fins dont, évidemment, le déferlement d’offres de formation en ligne [4].

Bien que le déploiement et l’amélioration des infrastructures en Afrique, notamment celles concernant les technologies de l’information et de la communication (TIC) [5] aient connu des progrès notables au cours de la dernière décennie, les tarifs d’accès à internet en Afrique subsaharienne sont les plus coûteux au monde. L’Union internationale des télécommunications (UIT) et la Banque mondiale estiment qu’en moyenne, le coût d’une connexion haut débit y est d’environ 100 USD pour 110 kilobits/seconde. En Europe et en Asie centrale, le même type de connexion revient à 20 USD alors qu’en Amérique latine et aux Caraïbes, il s’établit à 7 USD. Les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord paient, quant à eux, moins de 30 USD [6].

L’Afrique n’est connectée à la toile mondiale que par un câble sous-marin à fibre optique de 600 millions de dollars, installé en 2002, qui part du Portugal pour longer la côte occidentale [7].

2 – Exemple de déploiement de fibres optiques en Afrique

Une étude financée par Cisco System en 2008, intitulée "L’Accès à Internet en Afrique du Sud ", montre que la largeur de bande internationale disponible en Afrique subsaharienne était de 80 gigabits par seconde. Selon cette étude, la capacité se situera à 10 Tb/s vers la fin de 2011, soit 120 fois la capacité mesurée en 2008 [8]. Cette fabuleuse croissance est le résultat cumulatif du déploiement et de l’entrée en service du câble de SAT3 existant et de trois nouveaux câbles majeurs (à savoir Seacom, le Système Marin D’Afrique orientale et le câble de GLO-1). D’autres systèmes de câble sous-marin sont également prévus en Afrique orientale ainsi que l’installation du câble de Wacs en 2011.

Ces nouveaux investissements transformeront significativement l’accès à Internet et le niveau de connectivité pour le continent Africain qui est demeuré à l’écart du reste du monde comparativement aux phases successives de déploiement dans les Amériques, l’Asie et l’Europe.

On décrit, dans la suite, différents systèmes de câbles sous-marins.

2.1 – Le câble sous-marin SAT-3/WASC/SAFE [9]

Le 28 mai 2002, le câble sous-marin, « Sat-3/Wasc/Safe » a été inauguré à Dakar. Initié par 36 opérateurs issus de 32 pays dont 12 d’Afrique, 7 d’Asie, 2 d’Amérique du nord, 10 d’Europe, et un d’Océanie, le câble sous-marin a pour objectif de connecter l’Afrique, par la mer, au réseau mondial de câbles à fibres optiques ; de développer les services téléphoniques de base et les services larges bandes et multimédias comme Internet, les télé-services etc. Le câble couvre 28 000 km de longueur et traverse des pays comme l’Angola, la Côte d’ivoire, le Bénin, l’Espagne, le Portugal, l’Inde et la Malaisie [10].

Voir carte :http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/74/SAFE-SAT3-WASC-route.png

Le consortium international réunit plus de 40 opérateurs de télécommunication responsable de la construction et de la maintenance du câble sous-marin SAT-3/WASC/SAFE. Cette liaison, née en janvier 1998 du rapprochement de deux projets de câbles sous-marins SAFE et SAT-3/WASC.. TSSL (USA) et Alcatel Submarine Systems (France) construiront le système. 5 000 km de câbles et 220 répéteurs sont déjà opérationnels. Sa capacité est de 120 Gbits pour le segment SAT-3/WASC et 80 Gbits pour le segment SAFE.

Son exploitation permet de répondre aux besoins croissants d’acheminement du trafic et de la téléphonie, des services multimédia et d’internet. Il permet, de plus, de relier le continent africain au réseau mondial de fibres optiques et de sécuriser les liaisons Europe-Asie par la création d’une nouvelle route.

Ce système permet aux opérateurs d’accéder aux réseaux numériques à une vitesse de 120 Gigabits, soit 6 millions de conversations téléphoniques simultanées. Il améliorera aussi la connexion à l’internet de bons nombre de pays africains. Ainsi, le Sénégal vient de voir sa bande passante augmentée de 42 à 53 megabits/s. Le potentiel de débit permet d’obtenir une connexion à 100 mégabits/s.

2.2 – Illustration des nouveaux investissements : le câble sous-marin ACE

Le câble sous-marin ACE [11] sera opérationnel en 2011. Il intégrera les toutes dernières technologies et, avec un débit minimal de 1, 92Tbit/s, sera donc à même de fournir la connectivité réseau requise pour faire face aux besoins des pays africains.

L’objectif du Programme des infrastructures TIC du NEPAD [12] consiste à s’assurer que chaque pays africain sera connecté à ses voisins par un réseau à large bande passante et, de ce fait au reste du monde à travers un réseau existant. A cette fin, la Commission e-Afrique du NEPAD promeut le développement du Réseau d’Infrastructures à large bande passante du NEPAD, qui consiste en un segment sous marin, Uhurunet, et en un segment terrestre, Umojanet.

2.3 – Le Système de Câble d’Afrique occidentale (Wacs)

Un consortium multinational d’opérateurs de télécommunications a mis en œuvre le Système de Câble d’Afrique occidentale au coût de 600 millions de US$ (Wacs). Les sociétés de télécommunications qui ont signé l’accord Wacs incluent : Télécommunication de l’Angola, Haut débit Infraco, Câble et Sans-fil(Radio), MTN, Télécommunication la Namibie, Tata Communications (Neotel), Télécommunication du Portugal, Sotelco, Télécommunication du Togo, Telkom SA et le groupe Vodacom.

Comme l’indique la carte ci-dessus, les points d’atterrissages planifiés incluent l’Afrique du Sud, la Namibie, l’Angola, la République démocratique du Congo, (DRC), les Îles Canaries, le Cameroun, le Nigeria, le Togo, Ghana, la Côte-d’Ivoire, le Cap-Vert, le Portugal et le Royaume-Uni. Les atterrissages en Namibie, en République démocratique du Congo et au Togo donneront accès au plus important débits et connexions pour ces pays.

Le câble se déploie sur une distance de 14 000 km de long. Le débit du câble sera de 3,84 Terabits une seconde (Tb/s). Le système de câble devrait être opérationnel au cours de l’année 2011.

Voir :

3- Est-ce que le câble sous-marin est fiable ?

Cette technologie n’est toutefois pas sans faille. Il arrive parfois que le câble subisse des avaries et se sectionne au fonds des océans. Ce fut le cas du câble Seacom qui cessa le 5 juillet 2010 la transmission de données pendant plusieurs jours [13]. Après que le problème ait été identifié, un bateau s’est rendu sur les lieux et des plongeurs ont effectué les réparations à plusieurs dizaines de mètres de profondeur [14].

4 – Discussion

Dans cet article, nous avons voulu attirer l’attention du lecteur sur l’ampleur de la révolution qu’a constitué la diffusion des technologies de l’information et des communications. L’utilisation des TIC, la diffusion et le partage des connaissances doivent être mis à profit pour la réalisation des objectifs de développement que la communauté internationale s’est fixée et qui sont cristallisés dans les Objectifs du millénaire pour le développement [15].

Si l’expansion d’internet en Afrique, à des degrés divers de pénétration, est indiscutable, l’utilité de l’outil à des fins éducatives ne fait pas l’unanimité et, pour de nombreux chercheurs, n’a pas non plus fait ses preuves en terme de contribution au perfectionnement des ressources humaines à grande échelle.

A ce jour, les TIC ne sont pas la panacée pour les étudiants africains, mais leur contribution est toutefois appréciable pour ceux qui disposent des moyens pour accéder aux savoirs en ligne. Plusieurs millions d’étudiants du Sud se trouvent confrontés à une réalité lourde de conséquence pour leur avenir : selon l’Unesco, l’Afrique manque de 2 millions d’enseignants ; à l’université de Ouagadougou, il n’est pas rare, dans un cours de sociologie, de retrouver une audience composée d’une centaine d’étudiants dans un auditorium devant un enseignant. Les étudiants sont à la recherche de formation alternatives et de diplomations reconnues.

Il convient toutefois de garder à l’esprit qu’internet n’est pas déployé dans les pays du sud comme un outil de développement humain. L’intérêt des investissements est d’ordre commercial et purement économique. De plus en plus, le secteur privé se fait la locomotive d’internet là où des bénéfices peuvent être réalisés. La vocation commerciale est évidente par la publicité omniprésente, les ventes en ligne, les sites payants, les logiciels à essai, l’accès à des cours à distance moyennant des frais d’inscription, etc.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES ET SITOGRAPHIQUES

Publications et articles scientifiques

  • Communication présenté par M.N. Hussain, S.S. Moyo, T.W. Oshikoya dans le cadre du premier Forum international sur les perspectives africaines, l’Afrique émergente, PARIS, 3–4 FÉVRIER 2000.
  • Capital humain et lutte contre la pauvreté, Colloque sur l’Afrique émergente, communication présentée, cité par M.N. Hussain, S.S. Moyo, T.W. Oshikoya, septembre 2000.
  • Cité par M. Abdoul Alpha DIA, Doctorant à l’IREDU (CNRS, Université de Bourgogne) lors de la Conférence régionale sur « l’Education en Afrique de l’Ouest : Contraintes et opportunités » 2 Novembre 2005—Dakar (Sénégal). L’Impact des niveaux de qualification de la main-d’œuvre sur la productivité des entreprises : analyse appliquée au secteur industriel sénégalais, page 34. Courriel :
  • Philippe Marton, Directeur du Groupe de Recherche sur l’Apprentissage Interactif Multimédia, Faculté des sciences de l’éducation, Université Laval L’université et les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC).

Articles de journaux et magazines spécialisés :

  • L’Afrique a-t-elle besoin d’Internet ? Interview publié dans le Monde interactif du 9 mai 2001.
  • Forum international sur les perspectives africaines, l’Afrique émergente, PARIS, 3–4 FÉVRIER 2000.
  • Le Monde, article publié le 09 Décembre 2009, Jean-Marc Bernard, professeur à l’Institut de Recherche en Éducation : Sociologie et Économie de l’Éducation(IRED). http://www.journaldunet.com/management/0606/0606141-mba-iniguez.shtml
  • Progrès majeur dans le développement du câble sous-marin Uhurunet, par Gilles Eric Foadey, Baharicom Development Company (BDC) joint ACE.

Sitographie des organisations internationales et européennes :

Annexe 1

Déploiement des câbles sous-marin en Afrique

Mis à jour le 6 janvier 2011. Données compilées et mise à jour par Eric-Normand Thibeault, doctorant.

Câble FO Sous- marin Investisseurs Coût (millions US$) Date de mise en serviceLong- ueur (Km) Capacité (Initiale / Totale) Points d’atterr-issement
SEACOM/ Tata TGN- Eurasia [16] Herakles Telecom, Aga Khan Foundation, Venfin, Shanduka, Convergence Partners, Tata Commun- ications 600 06/2009 15,000 90 Gbit/s/1.28 Tbit/s (SEACOM) ; TGN- Eurasia (Inde-Europe) 160 Gbit/s/1.28 Tbit/s) Egypte, Djibouti, Inde, Kenya, Madagascar, Mozambique, South Africa, Tanzanie
Eastern African Submarine Cable System (EASSy) Consortium 248 2010 10,500 40 Gbit/s/640 Gbit/s Djibouti, Kenya, Madagascar, Mozambique, Somalia, South Africa, Sudan, Tanzania
The East African Marine System (TEAMS) Government of Kenya, Etisalat, autres 79 2010 4,900 40 Gbit/s/640 Gbit/s Kenya, United Arab Emirates
West Africa Cable System (WACS) Broadband Infraco, Tata Commun- ications, BT, autres pays africains 600 mid-2010 14,000 n.d./3.84 Tbit/s South Africa, UK, RDC, autres pays africains
Main One Mainstreet Technologies 450 04/2010 14,000 n.d./1.28 Tbit/s Angola, Ghana, Nigeria, Portugal, South Africa
FLAG NGN-Lion Reliance FLAG n.a. 2010 n.a. n.d./2.56 Tbit/s India, Kenya, Madagascar, Mauritius, Mayotte, Mozambique, Reunion, South Africa, Tanzania
Lion* France Telecom, Mauritius Telecom, Orange Madagascar n.d. n.d. 1,800 n.d. Maurice, Madagascar, Reunion
Indian Ocean Network* Indian Ocean Commission n.d. n.d. n.d. n.d. Comores, Madagascar, Maurice, Mayottte, Réunion, Seychelles
UHURUNET BAHARICOM (NEPAD – 30%, 5-P Holdings – 25%, autres investisseurs 45%) 1,400/2 2010 50,000 40 Gbps/3.84 Tbit/s n.d.
GLO-1 Globacom 150 n.d. 8,620 n.d./320 Gbit/s Nigeria, UK
West Africa Festooning System (WAFS)* Consortium n.d n.d. 1,600 10 Gbit/s/320 Gbit/s Angola, Cameroun, RDC, Congo, Guinée Eq., Gabon, Ghana, Nigeria, Togo
IWTGC Project West Africa Infinity Worldwide Telecommuni- cations 865 Q4 2010 14,000 160 Gbit/s/2.56 Tbit/s Benin, Cameroun, Cote d’Ivoire, Ghana, Liberia, Nigeria, Portugal Senegal

West Africa Festooning System (WAFS)

[1A titre d’illustration, les applications sont lentes : une requête sur une page web peut prendre jusqu’à 16 secondes de temps de réponse comparativement à une seconde pour la fibre optique.

[2Une liste des câbles sous-marins transcontinentaux peut être consultée ici.

[3Voir annexe ci-jointe illustrant le déploiement des infrastructures autours du continent africain.

[4Au sommet « Connecter l’Afrique », qui s’est tenu à Kigali, au Rwanda, en octobre 2008, les pays participants s’étaient engagés à investir près de 56 milliards de dollars en vue d’élargir l’accès aux réseaux large bande.

[5Pour l’auteur de cet article les TIC comprennent trois grandes catégories : technologies de l’information - matériel informatique, logiciels et périphériques, et culture informatique ; technologies de télécommunication - réseaux de téléphonie, radiodiffusion et télévision, satellites, téléphonie cellulaire et autre connexion à large bande ; technologies de réseautage - internet et un large éventail d’applications sur internet.

[6Connecter l’Afrique au reste du monde tiré du site de la Banque africaine le 26/05/2010.

[7Dans son rapport annuel publié en 2007, la Banque africaine estime que 75% du trafic Internet de l’Afrique passe par des satellites et doit transiter par un pays européen, voire par les États-Unis.

[8Les câbles sous-marins permettent de répondre aux besoins croissants d’acheminement du trafic et de la téléphonie, des services multimédia et d’internet.

[9L’annexe regroupe dans un tableau exhaustif l’état du réseau actuel et planifié de câbles sous-marin trans-continental pour le continent africain.

[10Christine Weissrock - Atelier BNP Paribas - 09/06/2000.

[11Progrès majeur dans le développement du câble sous-marin Uhurunet, Par Gilles Eric Foadey, Baharicom Development Company (BDC) joint ACE

[12The New Partnership for Africa’s Development

[14Après dix-huit jours de réparation, le câble est entré en fonction le 23 juillet 2010. http://www.seacom.mu/news/news_details.asp?iID=149


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21 février 2011
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