Rencontres interculturelles par les TIC

Quels apports à l’apprentissage des langues ?
lundi 31 mai 2010 par Aurélie Beauné

La sélection d’articles de recherches commentée qui suit vise la construction d’une réflexion autour des usages des TIC dans les champs de l’interculturalité et de l’apprentissage des langues étrangères, principalement celui du français.

HISTOIRE ET DIDACTIQUES

Les conceptions de la culture et sa place dans l’enseignement du français langue étrangère (FLE) se sont modifiées au fil des méthodologies qui ont animé ce champ de pratiques.
Ainsi, la méthode traditionnelle concevait la culture comme l’ensemble des œuvres littéraires françaises : l’enseignement de la culture se réalisait donc majoritairement au travers de l’analyse grammaticale des textes.
A l’apprentissage de la « culture cultivée » s’est progressivement substitué celui des « cultures quotidiennes » : la mobilité internationale s’accroissant, il devenait nécessaire de remédier à ce que C. Dubois définit dès 1951 comme des « chocs culturels ».
L’analyse des besoins communicatifs des différents publics du FLE s’est donc enrichie des objectifs culturels relatifs aux projets des apprenants, qu’il s’agisse de voyager, de travailler ou de vivre dans les aires géographiques où le français est utilisé.

Difficultés dans l’enseignement de la culture

Malgré l’évolution des conceptions, la part de la culture en tant qu’ « ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social [et qui] englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux des êtres humains, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances » [1] dans l’enseignement du FLE pose de nombreux problèmes, notamment lorsqu’il se déroule à l’étranger.
L’article suivant témoigne, par le biais d’une recherche-action menée pendant plus de dix années dans les écoles publiques danoises, des difficultés rencontrées par les professeurs pour accéder à un matériel pédagogique actualisé en ce qui concerne l’enseignement de la culture :


SONDERGAARD GREGERSEN A., (2009), « La dimension culturelle dans l’enseignement du français à la Folkeskole, l’école publique danoise », Synergies Pays scandinaves, n°4 – 2009, pp. 35-42
=> http://ressources-cla.univ-fcomte.fr/gerflint/Paysscandinaves4/sondergaard.pdf

L’article que nous proposons ensuite analyse les paradigmes sémantiques qui émergent des évolutions méthodologiques de l’enseignement du FLE et ses rapports aux cultures d’enseignement/ apprentissage :


MALLET J., (2007), « Intelligence collective, équipe apprenante et TICE : les problèmes culturels sous-jacents », Colloque international TICE Med à Marseille
=> http://lambesc.educaix.com/cvmallet/dossier_pdf/tice_8307.pdf

Émergence de l’interculturel

C’est aux États-Unis, dans la première moitié du XXème siècle, que se structure le champ de l’interculturel : partant des questions soulevées par l’immigration, il s’étendra aux relations internationales et au management culturel. Il se distingue des conceptions pluri- ou multiculturelles puisqu’au lieu d’observer la coexistence de communautés de pratiques, il en envisage les rencontres.
Les analyses auxquelles il donne lieu ont donc nourri les méthodologies d’enseignement du FLE en ce qu’elles permettent de raisonner autour de la rencontre d’individus de cultures et souvent de langues éloignées. L’article qui suit présente les fondements du domaine :


STOICIU G., (2008), « L’émergence du domaine d’étude de la communication interculturelle », Université du Québec à Montréal
=>www.midipyrenees.fr/upload/pic_midi/docs/H51-07-Stoiciu-G.doc


Les pratiques qui découlent d’une approche interculturelle de l’apprentissage des langues correspondent par excellence aux projets de mises en relation de groupes d’apprenants. L’article suivant présente l’évolution des moyens de communications à distance et par conséquent, la pertinence de l’utilisation de certaines technologies aujourd’hui :


« Entretien avec Micheline Maurice : de la correspondance aux projets d’échange à distance » - FDLM, Juil.-Août 2007, n°352
=> http://www.fdlm.org/fle/article/352/maurice.php

APPORTS DES TIC

Dialogues interculturels

Les TIC peuvent dès lors se concevoir comme un ensemble d’outils permettant ces rencontres interculturelles. Nous suggérons par conséquent la lecture des articles suivants qui présentent deux expériences différentes de mises en relation de communautés d’apprenants.
Le premier allie séances de conversations avec webcams et visioconférences pour permettre la découverte mutuelle d’apprenants américains et français et ce, dans la lignée des objectifs de développement des compétences interculturelles défendus par l’expérience « Cultura » du MIT :


METRAL C., BENENSON J., SKORUPA C., (2009), « Echanges synchrones transatlantiques - Le projet Cross-Cultural Connections », Distances et Savoirs, Volume 7, n°2-2009, « TICE et distances », pp. 253-272
=> http://www.cairn.info/revue-distances-et-savoirs-2009-2-p-253.htm


Le second met en relation des apprenants japonais et des apprenants français autour de leurs lectures et, bien que les objectifs des cours de ces deux groupes ne soient pas les mêmes, l’analyse des interactions démontre le potentiel de certaines technologies en ce qui concerne les compétences de communication et celles interculturelles :


HIGASHI T., KOISHI A., (2009), « Vers l’élaboration d’un environnement d’apprentissage collaboratif intégrant forum et visioconférence : analyse des interactions d’étudiants japonais apprenant le français et d’étudiants français apprenant japonais en milieu exolingue » Actes du colloque Epal 2009 (Echanger pour apprendre en ligne : conception, instrumentation, interactions, multimodalité), université Stendhal - Grenoble 3, 4-6 juin 2009.
=> http://w3.u-grenoble3.fr/epal/dossier/06_act/pdf/epal2009-higashi-koishi.pdf

D’autres dispositifs

Il existe néanmoins d’autres projets que ceux relevant de la correspondance ou de la communication synchrone. Nous proposons donc ici deux articles qui présentent des configurations différentes d’échanges par-delà les frontières.

Le premier d’entre eux est assez ancien mais révélateur d’une expérience de simulation très réussie. Elle rassemblait en effet des apprenants de six pays (Allemagne, Belgique, Canada, Etats-Unis, France) au sein d’un dispositif d’échange prenant pour cadre la vie d’un immeuble parisien. L’enthousiasme important qu’a suscité cette expérience apparaît nettement dans les retours, tant du côté des apprenants que de celui des enseignants :


PERDRILLAT M., (1997), « Un exemple de réalisation pédagogique sur internet : création d’un roman collectif international, ’’l’immeuble de la rue Lamarck’’ », Revue de l’EPI n°89, pp. 195-205
=> http://www.epi.asso.fr/revue/89/b89p195.htm

Le second, plus récent, témoigne également des apports des analyses interculturelles aux parcours et aux modalités d’apprentissage conçues dans le champ du FLE. Il présente un dispositif de FOAD destiné aux étudiants de différents pays se destinant à poursuivre leurs études dans des établissements d’enseignement supérieur dans les domaines des Sciences et Technologies pour l’ingénieur. Les principaux résultats sont positifs (« Tous sont satisfaits du projet PADEN et en voient l’intérêt. ») mais demeurent perfectibles ( « Le positionnement du projet PADEN (formation à une méthodologie et non une formation FLE ou sur la culture) est peu évident pour le public ») :


LEMARCHAND S., BROSSAUD C., RIZZA C., (2008), « PADEN 1 : vers la co-construction d’un espace interculturel et à distance par les acteurs de la formation », actes du colloque "TICE MEDITERRANEE 2008 ", organisée à Sfax (Tunisie) du 21 au 23 avril 2008, par l’Unité de Recherche, URTIC sous la présidence du Pr Ag Nejmeddine HENTATI, en partenariat avec l’Université de Sfax et l’Association AUNE
=> http://isdm.univ-tln.fr/PDF/isdm32/isdm32-riza.pdf

QUELLES LIMITES ?

Remise en cause du concept

L’interculturalité, ou l’art de rencontrer l’Autre, repose néanmoins sur une conception des cultures comme des ensembles relativement stables. Il s’agit là d’un point de vue contestable. L’article suivant consiste en une réflexion terminologique pointant la nécessité de ce que les pratiques interculturelles se « complexifient » et dans le sens d’une « multi-directionnalité » :


VARRO G., « Les présupposés de la notion d’interculturalité, réflexions sur l’usage du terme depuis trente ans », Université de Versailles-CNRS
=> http://ressources-cla.univ-fcomte.fr/gerflint/chili3/varro.pdf

L’article qui suit critique, quant à lui, assez vivement les implicites actuels de la notion d’interculturalité, dont notamment celui ayant trait à l’identité nationale :


DERVIN F., (2007), « Les canulars de l’interculturel : mettre fin à la quasibiologisation », LMS Lingua
=> http://users.utu.fi/freder/quasibio_dervin_0703-3.pdf

Perspectives dans le champ de l’interculturalité

On peut néanmoins s’interroger finalement sur le support d’information que représente l’internet car, comme en témoigne l’article suivant, il pourrait comporter les aspects requis pour une complexification du champ de l’interculturalité :


MOREAU A., (2008), « La formation permanente de l’internet interculturel » actes du colloque "TICE MEDITERRANEE 2008 ", organisée à Sfax (Tunisie) du 21 au 23 avril 2008, par l’Unité de Recherche, URTIC sous la présidence du Pr Ag Nejmeddine HENTATI, en partenariat avec l’Université de Sfax et l’Association AUNE
=> http://isdm.univ-tln.fr/PDF/isdm34/isdm34_Moreau.pdf

[1définition de la culture par l’UNESCO, conférence mondiale sur les politiques culturelles, Mexico City, 26 juillet - 6 août 1982


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