Le milieu de recherche et sa structuration

vendredi 16 février 2007 par Georges-Louis Baron


Document de travail, 16/02/07

16/02/07


Depuis plusieurs années maintenant, les technologies liées à Internet représentent le front de vague de l’innovation technologique. De nouveaux systèmes se diffusent, largement en dehors de la sphère éducative, mais dont l'impact sur celle-ci ne peut être considéré comme négligeable (s'agissant en particulier de la disponibilité de ressources de tout type, ayant fait l'objet de tout type de validation). Dans le domaine éducatif, de nouvelles applications apparaissent, porteuses de promesses de renouveau pour les activités d’apprentissage, mais aussi de menaces à l’égard de modes d’organisation traditionnels.

Les recherches menées sur les TICE s'adaptent à ce contexte, où des pratiques nouvelles (ou se croyant telles) sont inventées sans cesse. Les lignes qui suivent s'attachent à brosser à grands traits une image du milieu où ces recherches se déroulent. L'intentation est de réfléchir en termes francophones. Cependant, en raison de ma position dans le champ français, ce dernier aura dans cette première ébauche  une présence supérieure à ce qu'est sa présence réelle.  La démarche adoptée, incrémentale, vise à corriger progressivement le texte.


Un milieu de recherche composite

Une recherche n'existe socialement que si elle est ancrée à des "institutions" qui garantissent la validité des méthodes employées, assurent la diffusion des résultats obtenus et contribuent à la reconnaissance des chercheurs. Ces institutions sont multiformes : revues avec comité de lecture, colloques pério­diques, commissions d'évaluation…  Ce sont elles qui manifestent l’existence de communautés scientifiques. Leur importance, leur classement (car la recherche est un domaine à forte teneur en évaluation) dépendent en général du jugement d'instances supérieures responsables du pilotage et de l'évaluation de la recherche et qui sont fondées, originalité du domaine de la recherche, du jugement de pairs.


Une différence entre les pays tient à l'importance de l'intervention d'un niveau central. Certains n'ont pas de dispositif particulier à ce niveau pour évaluer les personnes, d'autres interviennent davantage.


En France, le niveau national joue toujours un rôle fondamental, de plusieurs points de vue. Le premier, en amont, est relatif à l'orientation des recherches (notamment par l'intermédiaire d'appels d'offres attribuant des moyens matériels et de la reconnaissance). En France, de ce point de vue, la création assez récente d'une agence nationale de la recherche (ANR), analogue à des structures déjà opérationnelles dans un certain nombre de pays, a une importance considérable. Concernant l'évaluation a posteriori, on peut citer le comité national des universités (CNU), le comité national de centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui jugent en particulier du devenir des personnes (et filtrent les processus de recrutement de chercheurs et d'enseignants-chercheurs), ainsi que diverses institutions, dont la toute récente agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (AERES).


Confier la régulation d'un secteur à des agences, des structures non gouvernementales, est un phénomène répandu dans les autres pays. Il est probable que se mettront également en place de manière plus évidente au niveau européen des instances de « gouvernance » jouant un rôle important.


La suite de ce texte s'intéresse aux équipes de recherche reconnues dans le domaine des TICE. Il s'agit d'une entreprise difficile car les politiques actuelles de la recherche insistent sur la notion de projet, à durée limitée, ce qui entraîne une rotation assez rapide des thématiques et une labilité certaine des équipes. Le point de vue adopté ici, synthétique, garantit que la présentation n'aura aucun caractère d'exhaustivité (objectif de toutes façon délicat à atteindre vu la vitesse d'évolution du milieu). Il vise plutôt à repérer des lignes de force et des tendances d'évolution.


Comme il est expliqué dans une autre article [REF], la recherche sur les technologies en éducation a exploré des problèmes nombreux, a produit des savoirs sur des usages possibles en situation d’apprentissage et d’enseignement ; mais il n’y a pas eu constitution d’un corpus de connaissances et de théorie propres, reconnus par une communauté scientifique. Au contraire, la diversité est grande. Les cadres de référence sont multiples (de l'informatique aux sciences cognitives, en passant par la sociologie de l'éducation et certaines didactiques) et parfois composites.


L’intérêt porte sur la conception de dispositifs et d'environnements d'appren­tissage, sur les usages éducatifs de dispositifs technologiques (qu'ils aient ou non été conçus spécifique­ment pour l'éducation), sur les démarches cognitives que ces derniers favorisent, sur les systèmes de représentation mobilisés. Les thèmes de recherche couvrent un très large spectre ; certains sont focalisés sur les apprentissages instrumentés, d’autres sur le rôle didactique de tel dispositif, d’autres encore sur des questions sémiotiques ou sur l’évolution du marché des multimédias… En outre, à côté de la recherche proprement dite, des travaux inspirés par la recherche praxéologique, la recherche-développement, la recherche-action, sont fréquem­ment menés par des praticiens au sein de groupes intéressés par l'innovation (notamment sous l'égide de services administratifs, centraux ou régionaux). Leur rôle dans les processus de "traduction" des résultats de recherche vers les praticiens est très important.


En fait, il n'existe pas une communauté unique, mais un milieu scientifique, organisé de manière multipolaire et pluridisciplinaire.

Différentes communautés disciplinaires

 Ce qui caractérise une communauté, c'est un bien commun sur lequel veille une structure de régulation, coopérative ou hiérarchique, situé dans un périmètre identifié (on distingue toujours dans une communauté qui en est membre, qui est franchement étranger, qui a un statut de proche.


Les communautés se constituent progressivement autour de thématiques particulières et en fonction des projets et programmes de recherche coopératifs faisant l'objet de financements spécifiques. Elles se défont aussi lorsque certaines problématiques s’éteignent ou sont supplantées par d’autres, plus modernes.


On adoptera ici un principe de classement commode en distinguant les recherches qui s'intéressent plutôt à la conception d'instruments et d'environnements, celles qui se préoccupent surtout de l'apprentissage de sujets singuliers, celles qui travaillent sur des questions didactiques et celles qui s'intéressent plutôt aux systèmes sociaux.

On trouve pour le premier groupe essentiellement l'informatique, mais également, dans une bien moindre mesure, les sciences de l'information et de la communication (SIC). Concernant le deuxième, la psychologie (ou plutôt différentes orientations psychologiques) interviennent : psychologie cognitive, sociale, clinique… Le troisième, de manière logique, est pris en charge par différentes disciplines et le quatrième par la sociologie (et pas seulement la sociologie de l'éducation : on note la présence de nombreuses recherches s'intéressant aux nouveaux modes de sociabilité des jeunes qui ont des implications pour la sociologie de l'éducation).

Enfin, les sciences de l'éducation, la pédagogie, comme on dit dans certains pays, s'intéresse plutôt à tout ce qui concerne les processus d'éducation instrumentée.

Une considération importante est que la recherche sur les TICE est très inscrite dans un contexte international.

Une inscription importante dans un contexte international

Tout d'abord, des associations internationales contri­buent à la circulation des problématiques et des résultats. On peut citer

  • International Federation For Information Processing (IFIP), association savante anciennement établie qui comprend un comité technique "éducation",

  • European Distance Teaching Universities (EADTU), dont la Fédération Interuniversitaire d'Enseignement à Distance (FIED) est membre,

  • International Council for Educational Media (ICEM),

  • Inter­national Council for Distance Éducation (ICDE), l'Artificial

  • Intelligence in Éducation Society (AI-ED)…

Dans le domaine proprement éducatif, des associations européennes comme l’EERA (European Educational Research Association) et l’EARLI (European association for research on learning and instruction) comprennent des groupes d’intérêt spécifiques et soutiennent des réseaux consacrés aux TICE, où les thématiques d’enseignement ouvert et à distance occupent une place notable.

Dans le cadre des projets européens, les technologies en éducation et en formation occupent une place non négligeable depuis une quinzaine d’années. Les actions menées, qui portent un intérêt assez important à la formation continue (ou plutôt à la formation tout au long de la vie pour reprendre un vocable plus moderne) visent aussi bien à lancer des recherches entre équipes issues de plusieurs pays sur des thèmes prioritaires qu’à fédérer des équipes insérées dans des réseaux nationaux.

Le cas de la francophonie

A développer



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