Pratiques de formation numérique dans les bibliothèques universitaires en France

lundi 14 mars 2016 par D. Tassius

Pour citer cet article :

Tassius Denize (2016). Pratiques de formation numérique dans les bibliothèques universitaires en France. Adjectif.net [En ligne] http://www.adjectif.net/spip/spip.php?article388

Résumé :

La bibliothèque universitaire se trouve dans une période de flottement, entre existence physique et présence virtuelle, qui prend de plus en plus le dessus. Cette instabilité se répercute sur l’identité même de la bibliothèque qui ne renvoie plus l’image d’un lieu empreint de tous les savoirs car ses usagers n’ont plus les mêmes pratiques documentaires qu’autrefois : ils sont sur la toile qui est accessible de n’importe quel endroit. La présence accrue de ces jeunes sur les médias sociaux modifie aussi leur relation à l’info-documentaire, même si ce sont plus des outils communicationnels qu’informationnels. Ces observations nous ont conduites à interroger la place des différents acteurs (étudiants, professionnels) dans le cadre d’une convergence documentaire numérique. La formation, au cœur de cette convergence aussi bien du côté des usagers que de celui des bibliothécaires, est considérée comme le point central dans le processus d’action située pour prescrire les médias socionumériques dans un cadre d’apprentissage et de pédagogie info-documentaire.

Mots clés :

Bibliothèques, Martinique, Médias, Numérique, Université

1. Introduction

Le développement des technologies de l’information a créé une explosion de l’information et la recrudescence des supports, d’où la modification des pratiques des usagers des bibliothèques qui utilisent de plus en plus le numérique et les nouveaux outils de communication.

Ces évolutions placées dans le cadre de la formation à l’université interrogent sur l’enjeu que peut représenter la formation documentaire dans les besoins et les attentes des utilisateurs pour une meilleure utilisation de l’information.

Notre recherche se précise autour des médias socionumériques, dispositifs sociotechniques permettant à des individus d’échanger, de communiquer entre eux. Ces derniers ponctuent le quotidien des étudiants et suscitent des questionnements sur leurs impacts dans l’accès à la documentation universitaire. Nous avons observé lors de nos investigations que les compétences à maîtriser par les usagers sont encore ignorées dans les formations classiques proposées dans les bibliothèques universitaires, alors qu’elles semblent nécessaires pour provoquer une meilleure réception des savoirs informationnels et documentaires pour mieux agir sur un enfermement consumériste de l’information.

Dès lors, on peut s’interroger sur les conséquences de ces médias socionumériques sur le travail universitaire. Il s’agit de comprendre comment adapter une formation aux usages et pratiques multiples et à la maîtrise d’outils ; ces derniers se créent, disparaissent et sont vite remplacés par d’autres.

Le métier de bibliothécaire est, sans conteste, impacté par ces évolutions numériques et les pratiques des usagers ont une influence certaine sur leur environnement de travail. Le numérique, loin de déstabiliser le métier bâti autour des notions de collection, de public, de service et de formation, soulève néanmoins les questions liées à la manière de prendre en compte les usages et d’adapter les formations aux besoins des usagers. Chercher le sens dans des postures, des habitudes, des constructions dans un environnement caractérisé par la mouvance et l’instabilité, c’est essayer de comprendre les processus de transformation générés par les technologies dans l’activité.

2. Contexte de la recherche

Un retour sur nos hypothèses va permettre de clarifier le déroulement de notre travail et d’en présenter les grandes lignes directrices. Deux hypothèses accompagnent notre réflexion.

La première concerne les nouvelles pratiques des usagers revisitées par les outils des médias sociaux.

H1– La formation dispensée aujourd’hui est en décalage avec les pratiques des usagers et ne répond plus aux exigences des médias socionumériques.

Les usagers ont intégré les outils de l’Internet dans leur quotidien et construisent leur imaginaire autour d’un objet qui leur permet d’accéder à une très importante masse d’information. Le Web représente pour eux un espace de construction identitaire, sociale révélé par la pluralité des usages et les formes d’appropriation comme le font remarquer Aillerie (2011) et Fluckiger (2007) qui ont travaillé sur les pratiques adolescentes. Ces jeunes témoignent par leurs pratiques non formelles du Web une confiance accrue dans les outils numériques. C’est ce qui ressort aussi de la thèse de Cordier (2011). Des pratiques plus conscientes sont observées chez certains internautes, bien ancrés dans un espace familial qui arrivent à gérer l’espace-temps consacré aux outils du Web et « aux usages rationnels de l’espace numérique » (Galinon-Mélénec, 2013).

La seconde hypothèse de notre travail se focalise sur la formation des professionnels à propos de laquelle nous avançons qu’elle n’est pas en adéquation avec les pratiques des usagers.

H 2 - La formation des professionnels prend peu en compte ces pratiques.

Les professionnels ont compris qu’il fallait être là où se trouve le public, d’autant plus que les bibliothèques se vident car elles deviennent de plus en plus numériques (portail sur le Web avec des signets attractifs : livres et périodiques en texte intégral, renseignement à distance, autoformation etc.). Les bibliothèques se positionnent sur les médias socionumériques pour valoriser leurs produits documentaires, communiquer des informations pratiques : ces actions sont encore trop centrées sur la promotion des outils documentaires et leurs contenus alors que, de plus en plus, leurs missions s’orientent vers la médiation documentaire, « dépassant la seule transmission de l’information pour aller vers une meilleure construction des liens entre besoin et usage et permettre ainsi à l’individu de transformer l’information en connaissance » (Liquète, Fabre, Gardiès, 2010).

3. Méthodologie

La recherche visait notamment à comprendre les usages et les pratiques numériques des usagers et des professionnels dans le cade de la formation documentaire numérique, ainsi que l’enjeu de la formation dans leurs relations avec les médias socionumériques.

Le choix méthodologique était orienté sur trois points :

  • La pratique et les usages des médias sociaux par les acteurs
  • Les savoirs et savoir-faire à former autour de ces outils médiatiques (twitter, Flickr, youtube, etc,.)
  • La position de l’institution dans la prise en compte de ces outils dans la formation universitaire

A partir de cet objectif, une méthodologie combinant des entretiens exploratoires à un questionnaire a été adoptée. Ces deux approches combinées permettent d’avoir une vision plus objective des phénomènes à observer autour des médias socionumériques dans l’accès à l’information.

3.1 Présentation du terrain de recherche

Une étude documentaire a précédé notre approche du terrain. Cette revue de littérature a permis de découvrir l’état du terrain auquel nous nous intéressions. Elle a été aussi le lieu de recensions de certaines données relatives aux pratiques et usages des étudiants formés dans le cadre de la méthodologie documentaire.

Dans notre démarche empirique, nous avons investigué à partir de deux types d’enquêtes complémentaires :

3.2 L’entretien exploratoire

Nous avons constitué un échantillon significatif pour les différentes orientations que nous voulions donner à notre travail. La fonction documentaire n’est pas seulement dédiée à la formation, elle est aussi interrogée dans sa raison d’exister, de durer et de produire des formes de savoirs qui font sens pour la recherche scientifique et le développement de la discipline au sein de laquelle elle évolue. Dans ce cadre discursif, nous ambitionnons de comprendre la vision de chacun des acteurs sur la portée du numérique dans l’action documentaire, de l’intégration des médias sociaux dans l’environnement documentaire universitaire et de l’intérêt d’une hypothétique formation à ces outils autour de la question des savoirs informationnels, techniques et sociaux.

Notre prévision de prédéfinir un guide d’entretien unique avec les acteurs s’est avérée impossible car leur champ d’action professionnelle étant différent dans leurs objectifs et missions, nous avons donc décidé d’introduire chaque entretien par la présentation de notre travail de recherche en créant ainsi une dynamique entre chaque interviewé pour diriger notre échange conversationnel. Ce travail exploratoire a permis de comprendre le terrain de l’enquête et de révéler des données qui ont permis de discuter la thèse de départ et de répondre aux hypothèses avancées pour la construction de la partie théorique.

3.3 Temporalité du questionnaire

Le questionnaire répond aux problématiques liées aux pratiques et aux usages interrogés dans notre travail. L’enquête a duré du 15 février au 30 mai 2014. Le questionnaire a été envoyé à chaque bibliothèque rattachée aux 83 universités françaises sélectionnées. Il a été adressé pour la plupart (ce n’est pas toujours clairement indiqué sur les sites des BU) aux responsables pédagogiques de formation. Nous ne disposions pas d’une adresse électronique unique des bibliothèques universitaires. Les adresses ont été extraites une à une d’une liste trouvée sur le site du ministère de l’Enseignement supérieur.

Le contenu du questionnaire était centré sur la formation proposée dans les BU et leurs relations avec le numérique. Par ailleurs, l’objectif de ce questionnaire était de comprendre l’enjeu du numérique pour les bibliothécaires dans leur posture de formateur et/ ou médiateur et leurs représentations des médias socionumériques dans leurs champs identitaire et professionnel.

Le questionnaire est constitué de deux parties distinctes. La première s’attache à restituer les contours de la formation documentaire au sein des établissements en essayant de montrer le mieux possible l’objectif de la politique de formation et sa relation aux outils des médias socionumériques. La deuxième partie de ce questionnaire était réservée aux seuls répondants qui n’étaient pas hostiles à l’intégration des médias socionumériques dans une grille de formation. Nous avons recueilli 49 réponses. L’échantillon est donc faible mais il correspond à celui du terrain (BU).

4. Résultats

Traiter de la question de la formation documentaire numérique et précisément de celle des médias socionumériques par les bibliothèques a fait surgir, au fur et à mesure, des questionnements sur l’université dans sa mission de formation. A partir de ce constat, il nous est apparu impossible d’aborder notre sujet hors du cadre tutélaire. Cette prise en compte a orienté notre travail dans une direction plus large que prévue au départ, c’est-à-dire que la question numérique n’était plus adossée uniquement au Service Commun de la Documentation mais qu’il fallait l’inscrire dans une approche centrée sur la formation universitaire.

Cette réinterprétation de notre problématique a complexifié notre démarche car projeter les médias socionumériques dans un contexte de formation universitaire n’est pas pour l’instant dans une vision éducative et pédagogique de l’enseignement supérieur même si il y a eu quelques tentatives (Coutant, et al., 2012 ; Chomienne et Lehmas, 2012) intéressantes.

L’objectif de cette thèse était aussi de comprendre la posture de la bibliothèque au sein de l’université dans le domaine de la formation documentaire numérique des étudiants. Le numérique étant un terme très vaste, nous avons situé notre interrogation sur les médias socionumériques. Quand on évoque aujourd’hui la question de la formation, elle est aussitôt associée aux pratiques et usages des acteurs car le numérique a créé une nouvelle culture relationnelle qui opacifie la frontière entre la sphère éducative et la sphère privée. Cette porosité générée par les médias de communication s’accentue et se présente comme « un nouvel espace-temps de formation qui associe la sphère privée et l’université » (Paivandi et Espinosa, 2013) [1]. A partir de ce constat, les usages de ces médias observés chez les étudiants deviennent un terrain exploratoire pour comprendre leurs motivations et leurs attentes dans une démarche info-communicationnelle.

Dans une étude menée par Simonnot (2009) sur les pratiques des étudiants dans les moteurs de recherche sur Internet, elle a observé leur manque de culture à l’information face à la variété des moteurs de recherche et à la densité de l’information en ligne. Ces pratiques relèvent d’usages multiples liés à la recherche d’une information ou de l’utilisation de la messagerie, sur des supports de genres différents (réseaux sociaux, blogs, wikis etc.) dus à l’instabilité du numérique. Tout cela met la bibliothèque en difficulté car elle n’est plus représentée comme la source à l’information et reste insuffisamment connue pour son potentiel informatif, par ces jeunes usagers adeptes du tout en ligne et à distance. Et c’est précisément sur cet axe d’instabilité autour des outils du Web informationnel et communicationnel que ce service documentaire peut se positionner pour valoriser ses capacités à transmettre, à former et à faire participer le public à son déploiement documentaire. Or, nous observons que les formations proposées aujourd’hui sont relativement axées sur les outils classiques numériques. Les catalogues et les bases de données représentent chacun 27 % des contenus des formations et les recherches sur le Web (20 %). Toutefois, si l’on se réfère aux médias sociaux intégrés dans les formations, 43 % des responsables de formation précisent tout de même avoir intégré un média socionumérique dans leurs grilles de formation.

Tableau 1 : Outils de recherches intégrés dans les formations aux étudiants

Cela ne veut pas dire que cette démarche prend en compte toutes les problématiques des usages de ces outils mais montre que les pratiques sociales et culturelles des étudiants ne laissent pas indifférents les bibliothécaires.

Le positionnement de notre thèse dans les SIC bénéficie des apports des recherches sur les usages et les pratiques telles qu’elles sont envisagées par ce champ et nous guide dans une démarche réflexive et pragmatique de l’objet. « La sociologie des usages a en effet produit des connaissances tant sur l’appropriation sociale des innovations techniques, l’insertion de nouveaux usages dans les pratiques inexistantes, que sur leurs significations et les détournements, contournements et inventions d’usages » (Vidal, 2012). L’auteur résume assez clairement la dimension sociale de ces outils médiatiques qu’il s’agit d’appréhender dans une démarche critique.

5. Discussion

L’approche de la formation aux médias socionumériques dans les bibliothèques représente un axe de recherche complexe et multilatéral. Toute démarche qui suppose faire appel à l’action collective crée de la valeur, mais aussi des désaccords, de la non-participation. Imaginer une formation type serait illusoire c’est bien autour de la réflexion collective et la communication collective que des politiques de formation peuvent émerger.

Nous reconnaissons que le sujet questionné est difficile à cerner car comprendre des outils mouvants dans leurs usages instables et leurs pratiques variées, de plus dans un contexte info-documentaire, a d’autant plus compliqué notre description de l’objet dans son cadre d’analyse. Néanmoins, les résultats sont prometteurs pour pouvoir envisager sur le long terme la conception de grilles de formation autour d’outils médiatiques ayant des fonctionnalités similaires voire très proches.

Au fait de ces observations, deux axes nous semblent déterminants pour réfléchir aux contours d’une formation adaptée aux médias socionumériques.

5.1 L’axe technique

« Les caractéristiques des outils notamment de l’ordre de la culture technique sont souvent ignorées » (Serres, 2012), voire inexistantes dans les formations liées aux compétences numériques et informationnelles. La compréhension des caractéristiques de ces outils et leurs limites peuvent permettre de mieux les utiliser.

5.2 L’axe informationnel

Il peut aider à apprendre à définir le type d’outil en fonction du besoin : loisir, famille, démarche intellectuelle, démarche professionnelle. Ces dispositions ont également pour objectif de prévenir contre certains risques potentiels que peuvent présenter certains de ces médias. La formation à la maîtrise de l’identité numérique n’est pas anodine car elle peut permettre de gérer de manière plus consciente les traces laissées lors des navigations et surtout de faire la différence entre les différents usages des réseaux numériques. Ces préconisations sont pensées dans le cadre d’une coopération entre acteurs politiques, pédagogiques et culturels pour appréhender de nouvelles formes d’approches de la formation aux numériques.

5.3 Bibliothèque et institution : politique concertée de formation

Dans notre enquête, les professionnels souhaitent que l’institution universitaire soit le moteur dans toute démarche de formation. Ils regrettent le peu de soutien dans la conduite des projets et la valorisation des formations à la culture informationnelle qui reste encore accessoire. Un répondant fait remarquer « qu’aucun effort n’est fait au sujet de l’intégration des formations à la recherche documentaire dans les cursus, encore moins sur les questions de formation à la culture numérique ». Ce qui confirme le taux de 46 % de répondants qui précisent que la formation n’est pas validée dans le cursus universitaire. On relève donc que l’institution s’implique peu dans l’environnement de la formation à l’information et que les bibliothèques attendent beaucoup d’elle pour pérenniser une forme d’éducation aux médias et aux cultures numériques.

S’agissant des enseignants, les bibliothécaires les considèrent comme des collaborateurs qui :

  • doivent jouer le rôle de prescripteurs en lien avec la BU dans la formation aux numériques ;
  • mettre en valeur les usages et les enjeux du numérique dans leurs disciplines propres ;
  • doivent avoir un rôle d’expertise et de légitimité des formations documentaires auprès des étudiants.

L’ULCO (Université du Littoral Côte d’Opale) a saisi cette convergence numérique pour créer une dynamique dans l’organisation de certaines formations en rapprochant « le service de formation continue et les formations universitaires plus classiques ou par la part grandissante dans les cursus les modules de recherche documentaire assumés par les personnels de bibliothèque » (Payeur, 2008) [2] dans le souci de rendre compatible temps de travail et temps de formation. Une étude sur l’évaluation des formations menée par Bretelle-Desmazières, Coulon et Poitevin (1999) mentionnait déjà cette idée de forte collaboration pour une meilleure médiation de l’information. Toute cette analyse permet de mettre en visibilité le devenir des bibliothèques dans leurs missions de formation. Aussi, nous rejoignons Papy (2009) quand il fait observer que :

« les bibliothèques sont aujourd’hui confrontées à la nécessité d’accompagner et d’anticiper des usages numériques en constante évolution pour des usagers dont l’acculturation numérique est conduite par leur existence citoyenne au sein d’un monde social, culturel, politique et économique en pleine mutation »

Dans notre enquête, 8 responsables pédagogiques sur 10 utilisent les médias socionumériques dans leurs pratiques professionnelles et ils ne sont que 60 % à être convaincus de l’intérêt de ces outils dans une formation. Aline Bouchard responsable de formation à l’Urfist de Paris reconnaît que les médias sociaux (hors ceux à caractère professionnel) sont peu demandés en formation et quand c’est le cas, c’est plutôt pour se rassurer. On constate que les professionnels ne sont pas hostiles à reconsidérer leur crainte à former à ces outils, mais sont eux-mêmes confrontés à la convergence médiatique qui n’est pas sans conséquence sur leur métier et leur identité. Un enquêté témoigne que :

« le métier de bibliothécaire évolue de plus en plus vers une gestion d’un flux d’infos, plutôt que vers la conservation de collection. Ce flux d’infos peut passer par différents vecteurs et notamment les médias sociaux. C’est aussi un moyen de toucher les enseignants et les doctorants »

Leurs usages et pratiques sont bien sur le point de converger vers une culture de la médiation même si dans l’enquête les bibliothécaires s’identifient à 66 % comme des formateurs et seulement à 18 % comme des médiateurs.
Ce travail d’accompagnement imaginé dans un contexte collectif est en phase avec notre vision d’une convergence numérique car la convergence dans cette action de formation est proche d’une culture de l’action collective. Il nous semble que cette recherche, en s’attardant sur les formes d’organisation collective et de médiation entre les acteurs de l’université aura contribué à mieux situer la place de la bibliothèque universitaire comme lieu des transversalités de formation info-documentaires.

6. Perspectives

Les résultats de nos enquêtes participent de certaines réponses attendues par les professionnels pour une vision plus globale de leurs activités de formation et de possibles réajustements. Ils peuvent constituer des pistes pour les acteurs des politiques de formation, les bibliothèques et les acteurs qui rédigent les référentiels de formation, ainsi qu’un contrepoids pour réviser les contenus de ces référentiels et, pour les professionnels de la documentation, pour se pencher sur la question des outils médiatiques émergents dans l’écologie info-documentaire. La question des pratiques doit dépasser le seul cadre professionnel, beaucoup d’actions sont menées en ce sens - les auteurs aux Presses de l’Enssib font un travail remarquable sur le développement du numérique dans les bibliothèques - mais les usages numériques des jeunes affectent d’autres expressions invisibles qui nécessitent de nouvelles compétences. La problématique des traces numériques suscitent des questionnements sur leur durée de vie et sur leurs conséquences sociales.

« Les formes numériques de nos communications modernes envahissent non seulement la sphère publique mais aussi la sphère la plus privée, celle de l’intime, les rendant non seulement traçables, mais manipulables et résurgentes dans des temporalités et des contextes imprévisibles » (Galinon-Mélénec et Zlitni, 2013).

La portée socialisante des médias socionumériques a tendance à faire oublier ces aspects négatifs des traces. Améliorer et amplifier les formations est un enjeu de société sur lequel les bibliothèques universitaires doivent se questionner pour participer « au domaine de la recherche dépassant les seuls aspects centrés sur les usages et les pratiques, s’acheminant vers des questions visant à interroger les phénomènes » (Le Deuff, 2013) [3]].

Des propositions pour un schéma d’élaboration d’une politique publique de formation ont émergé de nos réflexions :

A- Adaptation des curriculums aux nouvelles pratiques numériques
Enquêtes de terrain auprès des usagers pour mieux comprendre leurs besoins (les bibliothèques commencent à s’intéresser à ces types d’outils qui restent encore centré sur la satisfaction des besoins des usagers et peu sur la qualité des formations proposées).
Développement de formations aux outils des médias socionumériques pour les professionnels dans le cadre de la formation initiale pour une analyse plus critique des espaces utilisés par leurs usagers (des propositions sont déjà faites dans le cadre de la formation continue).
B- Intérêts pour les usagers
Collaboration université/bibliothèque/enseignant pour concevoir des capsules de formation
Ancrage scientifique plus fort des professionnels pour interroger les évolutions du métier des bibliothèques
Prescription des formations dans un cadre plus formel autour de l’éducation aux numériques

De manière générale, la formation numérique des étudiants peut être envisagée dans le cadre des « cultures numériques » plébiscitées par 56 % des bibliothécaires de notre échantillon, car ce concept allie l’éducation aux médias déclinant l’esprit critique, l’apprentissage centré apprenant et la culture technique qui doit prendre en compte à la fois la connaissance des outils mais aussi la formation par les outils. C’est en tout cas cette vision de l’écologie de la formation que nous avons essayée de montrer tout au long de notre travail et que nous pressentons pour les bibliothèques universitaires dans une dynamique axée autour d’une convergence info-documentaire numérique.

7. Références bibliographiques

AILLERIE Karine. (2011). Pratiques informationnelles informelles des adolescents (14-18 ans) sur le Web. Villetaneuse : Université Paris 13 – Paris Nord : Thèse de doctorat. [En ligne] http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/65/39/58/PDF/versionTEL.pdf

BRETELLE-DESMAZIERES Danièle, COULON Alain et POITEVIN Christine. (1999). Apprendre à s’informer, une nécessité. Saint-Denis : Université de Paris 8.

CHOMIENNE Elise, LEHMANS Anne. (2012). Réseaux sociaux et apprentissages collaboratifs à l’université : pratiques innovantes dans une communauté connectée. Lyon : Colloque international de l’université à l’ère numérique. [En ligne] http://hal.archives-ouvertes.fr/docs

CORDIER Anne. (2011). Imaginaires, représentations, pratiques formelles et non formelles de la recherche d’information sur Internet : le cas d’élèves de 6ème et de professeurs de documentalistes. Lille : Université Charles de Gaulle – Lille 3 : Thèse de doctorat. [En ligne] http://tel.archives-ouvertes.fr/docs/00/73/76/37/PDF/THESE_Volume_1.pdf

COUTANT Alexandre et STENGER Thomas. (2012). Les médias sociaux numériques : une histoire de participation in Le temps des médias, n° 18, p. 80.

FLUCKIGER Cédric. (2007). L’appropriation des TIC par les collégiens dans les sphères familières et scolaires. Cachan : École normale supérieure de Cachan : Thèse de doctorat. [En ligne] http://www.stef.ens-cachan.fr/docs/fluckiger_these_2007.pdf

GALINON-MÉLÉNEC Béatrice. (2013). Le numérique. De l’usage aux traces. Du fantasme au doute et au cauchemar in l’imaginaire et la représentation des nouvelles technologies de communication.

GALINON-MÉLÉNEC Béatrice et ZLITNI Sami. (2013). Traces numériques : de la production à l’interprétation. Paris : CNRS éd.

GUICHON Nicolas. (2012). Les usages des TIC par les lycéens : déconnexion entre usages personnels et usages scolaires in Revue STICEF, vol. 19. [En ligne] http://sticef.univ-lemans.fr/num/vol2012/05-guichon/sticef_2012_guichon_05.htm

LE DEUFF Olivier. (2013). Réseaux sociaux, entre médias et médiations, des espaces à méditer plutôt qu’à médire in Communication & organisation, vol. 1, n° 43, p. 5-12 [En ligne] www.cairn.info/revue-communication-et-organisation-2013-1-page-5.htm

LIQUETE Vincent, FABRE Isabelle et GARDIES Cécile. Faut-il reconsidérer la médiation documentaire, 2010 http://lesenjeux.u-grenoble3.fr/2010-dossier/Liquete-Fabre-Gardies/index.html [Consulté le 15 juillet 2012]

PAIVANDI Saeed et ESPINOSA Gaëlle. (2013). Les TIC et la relation entre enseignants et étudiants à l’université in Distances et médiations des savoirs, n° 4 [En ligne] http:/dms. Revues.org/425

PAPY Fabrice. Technodocumentation : des machines informationnelles aux bibliothèques numériques. Paris : Hermès : Lavoisier, 2009.

PAYEUR Alain. (2008). L’accès élargi à l’université, entre aménagement organisationnel
et projet communicationnel, p. 437-452. [En ligne]. http://www.cairn.info.bu-services.martinique.univ-ag.fr:5000/revue-distances-et-savoirs-2008-3-page-437.htm

SAHUT Gilles. (2014). Les jeunes, leurs enseignants et Wikipédia : représentations en tension autour d’un objet documentaire singulier in Documentaliste-Sciences de l’information, vol. 51, n° 2, p. 70-79.

SERRES Alexandre. (2012). Dans le labyrinthe : évaluer l’information sur Internet. Caen : C&F éd.

SIMONNOT Brigitte (2009). De l’usage des moteurs de recherche par les étudiants in L’entonnoir : Google sous la loupe des sciences de l’information & de la communication, p. 31-57.

VIDAL Geneviève. (2012). La sociologie des usages : continuités et transformations. Paris : Hermès.

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[1Voir à l’adresse : http:/dms.revues.org/425 (Consulté en ligne le 22 juin 2014)

[3Voir à l’adresse www.cairn.info/revue-communication-et-organisation-2013-1-page-5.htm (Consulté en ligne le 20 août 2014)


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