La formation des enseignants du primaire en Afrique Subsaharienne

Synthèse de la phase 2 d’un projet de veille scientifique
lundi 12 janvier 2015 par Christelle Combemorel-Pauty

Pour citer cet article :

Pauty-Combemorel Christelle (2015). La formation des enseignants du primaire en Afrique Subsaharienne, synthèse de la phase 2 d’un projet de veille scientifique. Adjectif.net [En ligne]. Mis en ligne le lundi 12 janvier 2015. URL : http://www.adjectif.net/spip/spip.php?article331

Résumé :

Dans cette brève contribution, nous présentons une synthèse des actions de veille scientifique relatives à la formation aux Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) des maîtres du primaire en Afrique subsaharienne. Ces actions de veille ont été réalisées dans le cadre d’un projet en partenariat avec l’AFD (Agence Française de Développement) et l’AUF (Agence universitaire de la Francophonie).

Mots clés :

Afrique subsaharienne, Formation des enseignants, TICE

Contexte

Depuis 2013, l’équipe d’Adjectif.net est associée à l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) et à l’Agence Française de Développement (AFD) pour la réalisation d’un projet de veille scientifique articulé autour de deux thèmes :

  • l’édition numérique à caractère pédagogique en Afrique subsaharienne, le rapport est accessible à l’adresse suivante https://edutice.archives-ouvertes.fr/edutice-01009460 [1] ;
  • la formation aux Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) des maîtres du primaire en Afrique subsaharienne.

Dans cette brève contribution, nous présentons une synthèse des actions menées concernant le deuxième thème. Les lecteurs intéressés pourront se reporter au rapport fourni à l’AUF [2] ou au site suivant, qui rassemble l’ensemble des ressources analysées dans les deux phases : http://vstice.auf.org/.

Éléments de méthode

La formation des enseignants aux TIC a fait l’objet de nombreuses recherches qui posent notamment cette question récurrente : comment les enseignants peuvent les utiliser et prescrire de bons usages aux élèves sans avoir, au préalable, développé des connaissances et des compétences par rapport aux multiples instruments qu’elles recouvrent ?

Nous avons cherché à identifier des références scientifiques (thèses, articles de revues), des rapports institutionnels (ministère, UNESCO) et des textes de vulgarisation (billets de blog) intéressés par la formation des enseignants aux TIC et au développement d’une culture d’usage des technologies dans l’enseignement. Dans un premier temps, nous avons opéré des actions de veille afin de collecter des textes traitant tant que possible conjointement, de l’Afrique, de l’enseignement primaire ainsi que des technologies éducatives. Cette première étape nous a permis de retenir cinquante références. La sélection des références a été faite, comme pour la première phase [3], au moyen du logiciel Zotero.

Dans un second temps, les références ont été triées en fonction du type de document (scientifique, vulgarisation, politique), du thème retenu et l’artefact considéré (FAD, technologie mobile, tablette, ressources en ligne, ordinateurs, usage de l’Internet, radio/télévision, TICE en général, autres). Les ressources ont ensuite été organisées en quatre parties thématiques, comptant chacune une dizaine de documents :

  1. Nouveaux types d’instrumentation ;
  2. Accompagnement des usages ;
  3. Ressources disponibles ;
  4. Analyse des prescriptions politiques. Des synthèses ont été produites pour chacune des références sélectionnées ainsi que pour chaque thème d’intérêt.

Nous pouvons relever différentes limitations à l’entreprise dont, notamment, le fait que la veille a fourni seulement une cinquantaine de ressources sur le thème de la formation des enseignants aux TIC en Afrique subsaharienne, ce qui constitue un corpus limité quantitativement. Si la veille a été conduite pendant une période assez restreinte (mai à juillet 2014), cela ne constitue pas une explication suffisante à cette limitation quantitative des résultats. On a constaté que la collecte de données a permis de rendre compte d’un plus grand nombre de travaux, mais relatifs à la formation des enseignants du second degré, celle des instituteurs étant moins traitée.

Par ailleurs, le recueil des documents nous a permis d’observer que malgré les contributions des chercheurs, les questions relatives à la formation aux technologies éducatives des instituteurs ne semblent pas, pour l’instant, être un sujet de recherche majeur en Afrique subsaharienne. Toutefois, la situation pourrait évoluer dans la mesure où des projets s’intéressant aux problèmes liés à l’accompagnement des enseignants et à la supervision sont en cours de réalisation : par exemple, le projet Supervision PÉdagogique et Ressources, Recherche Coopérative Francophone (SUPERE RCF), financé depuis le printemps 2013 par l’Initiative Francophone pour la Formation à Distance des Maîtres (IFADEM) et qui s’intéresse aux changements pouvant « survenir dans les activités et l’identité professionnelle des personnels chargés de superviser les enseignants et de les accompagner dans leur travail professionnel » [4].

Les expérimentations (nouvelles formes d’instrumentation notamment) sont vraisemblablement plus nombreuses que celles identifiées par la veille. En revanche elles relèvent sans doute de coopérations locales (de type relations entre une petite ONG et une école) et ne sont que rarement décrites ou documentées sur internet et encore moins évaluées. L’objet du site afférent à ce projet de veille scientifique est aussi de les découvrir en permettant à leurs porteurs de les signaler.

Synthèse des résultats suite au traitement du corpus

Analyse des prescriptions politiques

Notre analyse des références concernant les prescriptions politiques en matière d’introduction des TIC en Afrique nous a permis de constater la forte implication de l’UNESCO pour la formation des enseignants aux technologies éducatives.

La majeure partie du corpus fait état des études commanditées par l’UNESCO et l’ADEA (Association pour le Développement de l’Éducation en Afrique). Ce corpus de texte rend compte des avancées mais aussi des difficultés rencontrées : ainsi, malgré l’intérêt que les TICE suscitent en Afrique auprès des politiques publiques, leur introduction se heurte à des problèmes tels que des coûts importants ainsi qu’au déficit en termes d’infrastructures électriques. Des conditions apparaissent nécessaires au déploiement de technologies en éducation parmi lesquelles, une vision unie des politiques des pays d’Afrique en termes d’intégration des technologies ainsi que l’élaboration de curricula et des programmes d’enseignement.

Malgré ces difficultés, des projets se développent en matière de formations initiale et continue des enseignants avec le soutien d’initiatives tel que IFADEM [5] et TESSA (Teacher Education in Sub-Saharan Africa) [6]. Celles-ci offrent notamment aux professeurs la possibilité d’accéder à des formations notamment pour l’utilisation des ressources numériques. D’autres documents mettent en lumière les objectifs sous-jacents au développement de politiques d’« intégration » (sic) des TICE au sein des systèmes éducatifs internationaux. Ainsi, certains auteurs remarquent que les technologies peuvent être « un moyen d’accélération [de la croissance] économique » [7].

Enfin, le reste du corpus rend compte de la volonté des politiques internationales d’évaluer l’intégration des technologies éducatives au sein des systèmes éducatifs en proposant des guides d’évaluation mesurant notamment le nombre d’heures d’utilisation des TIC ainsi que les dépenses allouées à leur développement.

Nouveaux types d’instrumentation

L’analyse des documents rassemblés dans cette section nous a permis de prendre connaissance de solutions qui ont été expérimentées tant dans le contexte francophone qu’anglophone, notamment en ce qui concerne les formations hybrides.

Ainsi, sept textes font le bilan d’expérimentations mises en œuvre en Afrique subsaharienne et plus spécifiquement au Togo, en Côte-d’Ivoire, et à Madagascar. Il apparaît que, bien que les formations permettent aux enseignants qui en bénéficient de progresser socialement et professionnellement, les contextes économiques n’offrent pas la possibilité d’envisager une utilisation des TIC à grande échelle dans l’enseignement et la formation.

Le reste du corpus s’articule autour de documents portant sur des usages des instruments dans une perspective d’amélioration de la qualité de la formation des enseignants et des élèves. Dans ce sens, des technologies, telles que les téléphones mobiles, sont employées afin d’améliorer l’accès à la lecture et le taux d’alphabétisation.

Accompagnement des usages

En ce qui concerne les accompagnements des usages, nous nous sommes concentrés sur les organisateurs de la diffusion des technologies en classe. Sept textes du corpus soulignent la nécessité de réviser les curricula des formations des enseignants, afin d’élargir leurs compétences relatives aux TIC et ainsi faciliter leur scolarisation (Baron, 2005).

Neuf autres textes tentent de mettre en lumière quelques perspectives concernant l’avenir de ces processus de scolarisation dans les pratiques professionnelles des enseignants d’Afrique subsaharienne. Malgré l’existence d’orientations politiques favorisant le déploiement des technologies à l’école, l’insuffisance du nombre d’enseignants qualifiés en TIC ainsi que les limitations des programmes de formation des maîtres constituent des obstacles importants.

Cependant, le corpus nous permet de mettre en lumière quelques initiatives mises en œuvre afin d’accompagner et de soutenir les enseignants dans la conception de cours multimédias. Des occasions sont fournis aux enseignants afin qu’ils s’exercent à la recherche d’information, à la production de documents, la collaboration et la communication, ainsi qu’à la conception des programmes, de films et de pages web. Il s’agit là de moyens qui visent à faciliter les utilisations pédagogiques des technologies éducatives, mais dont on peut dire qu’ils relèvent du « bricolage ».

Ressources disponibles

Enfin, dans le cadre des publications que nous avons synthétisées, un ensemble de textes permet d’effectuer un repérage des ressources numériques disponibles, qui sont utilisées pour la formation des enseignants ainsi que pour les pratiques de classe.

Six références apportent un éclairage à propos des dispositifs de formation pour l’utilisation des ressources éducatives disponibles. Des ressources humaines et matérielles ont été déployées dans les formations afin de permettre aux enseignants d’acquérir des compétences en informatique et en TIC. Il apparaît que les enseignants sont formés, à travers des dispositifs de formation à distance tels que la radio, à l’informatique de base (emploi de suites bureautique) ainsi qu’à l’utilisation de divers logiciels dans le cadre du suivi et de l’organisation des évaluations ou des tâches administratives.

Le reste du corpus met en perspective le développement des ressources numériques accessibles en ligne et développées par les ministères en charge de l’éducation avec le soutien d’organismes tel que l’AUF et l’OIF, à travers des initiatives comme IFADEM.

Perspectives

Le caractère exploratoire du travail accompli lors la collecte et de l’analyse des références ne permet que d’amorcer une réflexion sur la formation aux TIC des enseignants d’Afrique subsaharienne : malgré certaines volontés politiques ainsi que l’intérêt des institutions locales et internationales, la question des infrastructures est prégnante tant au plan de l’alimentation électrique que de la connexion à Internet. Baron et Bruillard (2004) montrent de plus que la scolarisation de TIC est un long processus, dépendant des décisions politiques prises en amont ainsi que de la manière dont les enseignants s’approprient les technologies et sont accompagnés pour le faire.

Références

  • Baron, G.-L., & Bruillard, É. (2004). Quelques réflexions autour des phénomènes de scolarisation des technologies. Dans Entre technique et pédagogie. La création de contenus multimédia pour l’enseignement et la formation (pp. 154–161). Neuchâtel : IRDP.
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[1voir aussi cet article

[3Voir : Tran Thanh, J., Beauné, A., Ouattara, A., Boullé-Loffreda, M., & Baron, G.-L. (2014). Édition numérique scolaire en Afrique Subsaharienne. Production de la phase 1 du projet VSTICE. Retrieved from http://edutice.archives-ouvertes.fr/edutice-01009460

[7Ndoye, M. (2013, décembre). 1st African Ministerial Forum on ICT integration in Education and Training. African Ministerial Forum on ICT Integration in Education and Training. Retrieved from http://www.adeanet.org/portalv2/en/system/files/report_on_ict_forum_dec_2013_en_revtd_160214.pdf


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9 avril 2017
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