Environnements numériques de travail et relations école-famille : une recherche exploratoire

jeudi 8 novembre 2012 par Virginie Solnon

Pour citer cet article :

Solnon, Virginie (2012). Environnements numériques de travail et relations école-famille : une recherche exploratoire. Adjectif.net Mis en ligne jeudi 8 novembre 2012 [En ligne] http://www.adjectif.net/spip/spip.php?article193

Résumé :

Cet article présente le travail effectué dans le cadre d’un master 1 de sciences de l’éducation mené à distance avec le CNED et l’Université de Rouen. Enseignante à l’école primaire dans une classe de cycle 3, nous avons choisi d’interroger une pratique qui est la nôtre et qui est marginale dans l’école : l’utilisation d’un Espace Numérique de Travail (ENT) et du courriel pour la liaison école-famille. L’article présente ici des éléments de problématique, la méthodologie retenue, une synthèse des résultats avant de conclure sur les limites et les suites possibles.

Mots clés :

Courriel, Enseignement élémentaire, ENT, France, Parents d’élèves

Éléments de la problématique

L’observation de notre entourage professionnel permet de constater que peu d’enseignants de l’école primaire utilisent les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) pour la liaison avec les familles, alors qu’ils les utilisent couramment pour communiquer entre eux. On peut observer également que les familles utilisent de façon très diverse les outils mis à leur disposition. La problématique découle du constat de ces écarts : comprendre les raisons qui motivaient les diverses pratiques des parents. Les questions de recherche sont : en quoi les NTIC peuvent-elles faciliter les relations école-familles ? Quels sont les avantages et inconvénients des différents outils liés aux NTIC (ENT, courriel) ? L’hypothèse est que les parents pensent que les NTIC peuvent faciliter la liaison école-famille, même s’ils préfèrent le contact direct pour échanger à propos de leur enfant.

La méthodologie

Dans une première approche réflexive, une littérature fut consultée dans les deux domaines que sont les relations école-famille et les NTIC à l’école. Pour ce qui concerne les relations école-famille, ont été étudiés les discours des chercheurs (Montandon, Perrenoud, Dubet, Maulini, Epstein, Kherroubi…) et aussi ce que disait la loi, le discours de l’institution et ceux des praticiens.

Côté recherche, Perrenoud a étudié tout « ce que l’école fait aux familles » (Perrenoud, 2004), en détaillant les domaines où l’école a une influence sur la vie familiale : le temps familial, le budget, le rapport à l’espace, le travail scolaire et le travail pour l’école, le contrôle des conduites et les attentes de l’école etc. La plupart des chercheurs mettent en avant la difficulté des relations école-famille : manque de communication, représentations erronées de part et d’autre, attentes contradictoires, malentendus… En contraste, les discours institutionnels et ceux législatifs mettent en exergue l’établissement de bonnes relations comme un facteur essentiel pour la réussite de l’élève, sans pour autant faire référence à des études pour appuyer cette assertion.

En parallèle, un travail sur les NTIC au service de l’éducation a été mené en restreignant toutefois les recherches aux documents qui évoquent à la fois les NTIC et la relation école-famille. Nous avons étudié les travaux de Poyet et Genevois, Voulgre, Aït-Abdesselam, Karsenti… Il est possible de constater que la plupart des documents concernent les Espaces Numériques de Travail (ENT) utilisés dans les établissements du secondaire (collèges et lycées), beaucoup plus rarement le courrier électronique. Les études montrent que les ENT sont beaucoup plus utilisés pour la consultation d’informations (devoirs, des notes, emplois du temps…) que pour des échanges réels avec les familles. Peu d’études donnent la parole aux parents, mais les témoignages recueillis montrent qu’ils apprécient cet outil.

Une enquête auprès des parents de notre classe fut réalisée. Nous avons utilisé une méthodologie qualitative. Sept entretiens semi-directifs ont été réalisés, qui ont donné lieu après retranscription à une analyse thématique. Chaque parent, à l’issue de cet entretien, s’est vu remettre un questionnaire lui permettant de préciser certains points, et de compléter a posteriori ses remarques si nécessaire. En parallèle, on a procédé à un relevé systématique des échanges divers avec les familles (via l’ENT, le courrier électronique, le téléphone ou en face à face) au cours de 3 semaines de classe (plus quelques jours de vacances) de façon à disposer de données objectivées sur le volume des échanges, et sur le contenu. Cela a permis de quantifier et de comparer le recours aux divers outils.

L’interprétation des données

Six des sept parents pensent que les NTIC sont un plus en matière de relation famille-école, même s’ils préfèrent effectivement le contact direct pour échanger à propos de leur enfant. Les arguments avancés sont semblables à ceux évoqués dans les recherches concernant le second degré : disponibilité et fiabilité des informations, rapidité des échanges…

Le courriel est l’outil qui suscite le moins de réserves (il est accessible sans qu’on ait besoin de se connecter sur l’ENT, les parents ont l’habitude de l’utiliser par ailleurs, il donne le sentiment d’une proximité avec l’enseignant), mais le suivi montre que l’ENT est de loin le plus utilisé : pendant la période étudiée, on y relève 56 connexions, par 14 familles utilisant le code enfant.

Dans le même temps, des échanges de courriels entre l’enseignant et les familles ont eu lieu avec seulement 6 familles. Il s’agit, dans 3 cas, d’un courriel envoyé à la famille, qui a répondu ; dans 2 autres cas, d’une demande de la part d’une famille ; et d’un accusé de réception d’un courriel d’une maman indiquant un site intéressant à aller visiter. L’enquête a aussi confirmé ce que la pratique quotidienne en classe laissait pressentir, à savoir que dans certaines familles, seul le code parent était utilisé : une famille a indiqué utiliser exclusivement ce code. Or il s’avère que l’ENT utilisé n’enregistre de façon détaillée que les connexions avec un code enfant. Les connexions des parents sont cumulées sur la journée, sans que l’enseignant puisse savoir quel parent s’est connecté. On peut donc conclure que le nombre de familles qui consulte l’ENT est en fait supérieur au nombre trouvé en comptabilisant les connexions « enfant ».

On constate aussi que ce soit lors des entretiens, en analysant les questionnaires ou en notant le contenu des courriels reçus, que le plus souvent, l’ENT et le courriel sont utilisés pour la consultation des devoirs ou pour obtenir des informations concernant la vie de la classe (sorties, événements…). En cela, les résultats sont conformes aux conclusions des recherches lues concernant les ENT dans les collèges et lycées. Les échanges sur l’enfant lui-même, s’ils sont amorcés par un courriel, se terminent par une rencontre physique. Cette remarque permet de réfléchir à l’ensemble des outils mis à disposition pour favoriser la relation école-familles : les ENT permettent de renforcer les moyens de suivi mais ne constituent manifestement pas une panacée. Un seul parent nous a contactée pour transmettre une information susceptible d’intéresser la classe ou l’enseignant. On peut se demander si cette information aurait été malgré tout transmise si nous n’avions pas l’habitude d’utiliser les NTIC en classe et si la possibilité d’échanger par courriel n’avait pas existé…

Limites et suites du travail de recherche

Parmi les principales limites de ce travail de recherche, on peut citer d’une part la taille très limitée de l’échantillon, notre implication personnelle, et le fait que tous les parents interrogés soient des parents de notre classe. Convaincue dès le départ que les NTIC pouvaient enrichir la liaison école-famille, cela joue sur l’utilisation que nous en avons, en ce qui concerne le courriel et l’ENT. D’autre part, il est difficile de maintenir une posture de chercheur quand on interroge des parents de sa propre classe :

  • Cela peut influer sur leur discours : ils peuvent par exemple chercher à faire plaisir : « Je parle pour vous », « les informations que vous nous envoyez sont intéressantes ».
  • Cela peut jouer sur l’interprétation que nous, chercheur, avons de leur discours, dans la mesure où nous avons tout un passé relationnel avec ces personnes, nous nous en sommes forgé une certaine représentation qui influe sur notre façon dont nous interprétons leurs réponses à nos questions.
  • Nous avons même constaté que cela jouait sur leur volonté de participer : une maman est venue s’excuser de ne pas s’être portée volontaire car selon elle, son opinion n’allait pas dans le sens souhaité.

Il apparaît nécessaire dans l’avenir :

  • De travailler sur plusieurs établissements scolaires, à la fois pour être le plus distancié possible, mais aussi pour étudier des pratiques différentes ;
  • D’interroger des enseignants et des parents.

Il serait intéressant de savoir en quoi leurs conceptions des relations école-famille et leurs attentes sont proches ou non de celles des parents et enseignants du secondaire. Il faudrait approfondir la réflexion sur ce que les NTIC peuvent apporter en matière de relation école-famille, et interroger différentes pratiques possibles. On peut se demander d’ailleurs en quoi les pratiques sont en relation avec les choix pédagogiques des enseignants.

Par ailleurs, à cette petite échelle déjà, les parents avaient des remarques à faire sur les fonctionnalités des ENT (par exemple : offrir la possibilité de modifier ses codes d’accès). Cela conduit à s’interroger sur ce que devrait être un ENT conçu pour l’école primaire. En effet, les premières expérimentations de l’institution dans notre région consistent à utiliser au primaire l’ENT du secondaire. Il convient de s’interroger sur cette approche : les ENT du secondaire sont-ils adaptables au primaire, et si oui, comment les adapter ?

Références :

  • DUBET F., (1997). Ecole familles Le malentendu, Textuel, 1997.
  • KARSENTI T., LAROSE F. et GARNIER Y. (2002). Optimiser la communication famille-école par l’utilisation du courriel ; Revue des sciences de l’éducation, Volume 28, numéro 2, 2002, p. 367-390URI : http://id.erudit.org/iderudit/007359ar consulté le 12 avril 2012.
  • KHERROUBI M., (2008). Des parents dans l’école, érès, Education et société.
  • MAULINI O., (1999) La tranquillité ou le débat ? Petit éloge de la dispute entre les familles et l’école ; l’Educateur, 3, p.9-15.
  • MONTANDON, C. et PERRENOUD, Ph. (dir.) (1994) « Entre parents et enseignants : un dialogue impossible ? », Berne, Peter Lang.
  • PERRENOUD P., (2004). « Le go-between : entre sa famille et l’école, l’enfant messager et message » in Montandon, C. et Perrenoud, Ph. (dir.), Entre parents et enseignants : un dialogue impossible ?, Berne, Lang, 1994, chapitre 2, pp. 49-87 (2e édition augmentée, 1re édition 1987). Repris dans Perrenoud, Ph., Métier d’élève et sens du travail scolaire, Paris, ESF, 1996, chapitre 4, pp. 75-98.
  • VOULGRE E., (2011). Une approche systémique des TICE dans le système scolaire français : entre finalités prescrites, ressources et usages par les enseignants. Thèse de Doctorat en Sciences de l’Éducation sous la direction de Wallet J., CIVIIC, Université de Rouen, 357p, PDF, [en ligne] http://shs-app.univ-rouen.fr/civiic/memoires_theses/textes/these_VOULGRE.pdf consulté le 13 février 2012.
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