Fibres optiques et accroissement de la bande passante en Afrique

Quels effets sur les prix des connexions internet ?
vendredi 6 juillet 2012 par Eric-Normand Thibeault

Selon l’Union internationale des Télécommunications, les prix d’accès à Internet en Afrique sont considérés comme étant parmi les plus élevés au monde [1]. S’appuyant sur la mise en service de nombreux nouveaux câbles sous-marins, on peut s’attendre au cours des 18 prochains mois à une diminution probable des tarifs. Leur baisse est estimée entre 10 % et 20 % comparativement aux prix facturés actuellement par les Fournisseurs d’accès à Internet (FAI). Cela devrait entraîner une augmentation considérable du nombre de nouveaux abonnés à Internet (Article mis en ligne le 9 février 2012 sur le site http://www.adjectif.net/spip/spip.php?article111). Mais tous les pays d’Afrique ne sont pas concernés.

Diffusion de l’Internet à Haut débit en Afrique francophone

Eric-Normand Thibeault,

Doctorant Laboratoire EDA (EA 4071)

Université Paris Descartes

À lui seul, depuis son entrée en service en 2009, le câble Seacom a augmenté de 380 % la capacité de l’Afrique du Sud. Un autre câble West Africa Cable System entrera en service en 2012 et reliera l’Afrique du Sud au Royaume-Uni le long de la côte ouest. Le point d’atterrissage est localisé à Yzerfontein à l’Ouest du Cap [2]. Un troisième câble Africa Coast to Europe (ACE) a été déployé entre la France et le long de la côte ouest de l’Afrique. Nombreuses villes côtières bénéficieront de point d’atterrissage. La mise en service sera achevée fin 2012.

Outre des connexions avec l’Europe, le South Atlantic Cable Express [3] devrait entrer en service en 2013 et reliera l’Angola avec le Brésil. Sa capacité sera de 13 téraoctets par seconde, soit 10 fois la capacité du câble Seacom et deux fois et demi la capacité du câble Africa Coast to Europe (ACE).http://www.efive.co.za/

Sur un total de plus d’un milliard d’habitants, la population totale des pays francophones totalise presque 430 millions d’habitants d’Africains [4]. L’Afrique compte près d’un milliard d’habitants, soit environ 15 % de la population mondiale. L’accroissement démographique devrait rester bien au-dessus de la moyenne mondiale durant les décennies à venir [5] et doubler d’ici 2050. À l’exception des États insulaires et de certaines parties de l’Afrique du Nord, les niveaux de fécondité demeurent élevés et seuls quelques pays ont réussi à inverser la tendance. Le Niger, le Burkina Faso et l’Ouganda affichent des taux d’accroissement démographique parmi les plus forts du monde.

Lors de la dernière décennie, de la croissance du nombre d’internautes est importante. Selon les données de World Statistics, le nombre d’internautes a crû de 2580 % entre décembre 2000 et décembre 2011. Cette période correspond au raccordement de plusieurs pays à la fibre optique par câble sous-marin. Les pays enclavés (comme le Congo et la République Démocratique du Congo [6]) ont toutefois connu une hausse moins rapide que les pays côtiers bénéficiant plus facilement d’un point d’atterrissage au câble sous-marin.

Moins de 1 % des ménages africains disposent d’un abonnement à partir de leur domicile, la grande majorité des internautes africains ont recours aux espaces publiques numériques ou Cyber-Café pour accéder à l’Internet. Des données statistiques nous apprennes que le nombre d’internautes est estimé à 3 % sur le continent africain hors pays du Maghreb francophone (Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte). Si on tient compte du nombre d’Internautes de la région du Maghreb, le pourcentage d’Africains utilisateurs d’Internet est estimé à 8 % de la population.

Les pays francophones les plus branchés du continent sont les pays maghrébins. On constate que le pourcentage d’internautes y est nettement supérieur comparativement aux pays sub-sahariens atteignant 49 % au Maroc, 36 % en Tunisie, 26 % en Égypte et 13 % en Algérie [7]. Au 31 mars 2012, le Maghreb regroupait plus de 21 millions de membres au réseau social Facebook, soit 85 % du nombre total des pays africains francophones.

Le câble Seacom a directement concurrencé les connexions par satellites (VSAT) qui ont été pendant plus de deux décennies la technique dominante d’accès à Internet pour le continent africain. L’arrivée de Seacom a été le début d‘une baisse de prix. Si certaines conditions sont réunies, mais lesquelles ?

Alison Gillwald, directeur exécutif de Research ICT Africa, a déclaré, en théorie, l’augmentation de la capacité d’accès au haut débit devrait signifier une diminution des prix. Mais cette hypothèse ne peut se concrétiser que lorsque le marché est ouvert à la concurrence entre les fournisseurs d’accès à internet (FAI). Ce qui est rare en Afrique.

On observe de nombreux goulets d’étranglement sur le continent africain à l’égard des dégroupages des boucles locales, l’absence de dorsale nationale à l’intérieur des pays pour transporter les données au sein des villes rurales et des manques d’accès au spectre pour déployer des services sans fil à l’extérieur des capitales économiques. Tous ces facteurs limitent les avantages réels des bénéfices de branchement aux câbles sous-marins pour les zones hors capitales. Ce qui accroît le fossé numérique entre les populations aisées vivant dans les métropoles et les populations plus pauvres situées en périphéries.

Entre 2010 et 2012, depuis la mise en service du câble Seacom, l’Afrique du Sud a connu une augmentation de 700% de l’offre en termes de débits accessibles par la bande passante internationale. La firme d’expert conseils Price Waterhouse Coopers mentionne dans son rapport intitulé Entertainment and Media Outlook 2011-2015 que le trafic a doublé en Afrique pour la seule année 2010. Le rapport prévoit que l’Afrique du sud atteindra 2,85 millions abonnements au haut débit fixe en 2015 comparativement à 600 000 en 2010. Le rapport souligne que les pays africains de la zone côtière branchés aux câbles sous-marins peuvent s’attendre à une baisse des prix d’Internet à haut débit, à une vitesse de connexion plus élevés et à un service plus stable.

Les ménages à revenu de la couche moyenne supérieure pourront donc sans doute s’offrir un abonnement à large
bande internationale. Par ailleurs, de nouvelles perspectives s’ouvrent dans le domaine de l’éducation et de la formation.

Référence

Opportunities for Development and Poverty Reduction. Fonds des Nations-Unies pour la population.

[1Consulté le 15 juin 2012 en ligne à partir du site http://aristidez.fasoblog.net/tag/cable-sous-marin.

[2Depuis 2009, les points de départ du câble Seacom en Europe sont Londres et Marseille.Le câble Seacom d’une longueur de 15 000 kilomètres a comme point atterrissage les villes côtières suivantes : Sidi Kerir, Ras Sidr et Alexandrie en Égypte, Djibouti, Mombassa au Kenya, Dar es Salam en Tanzanie, Toliary à Madagascar, Maputo au Mozambique et Mtunzini en Afrique du Sud. Les villes enclavées suivantes sont aussi branchées au câble Seacom par voie terrestre : Johannesburg (Afrique du Sud), Kampala (Ouganda), Kigali (Rwanda) et Nairobi (Kenya). Le câble Seacom raccorde aussi la ville de Mumbai en Inde.

[3Le site était en construction le 16 juin 2012 . Des informations ont pu être obtenues aux coordonnées suivantes : +27.11.455.5926.

[4On dénombre quatre pays membres de la Francophonie institutionnelle et du Commonwealth : Maurice, Cameroun, Seychelles et depuis 2007 le Rwanda.

[5FNUAP (2011b). Population Dynamics in the Least Developed Countries : Challenges and Opportunities for Development and Poverty Reduction. Fonds des Nations-Unies pour la population.

[6Bien qu’ayant accès à la mer, Kinshasa la capitale de la RDC est située à 400 kilomètres à l’est de la ville côtière Matadi. Rares sont les pays côtiers où la capitale n’est pas située en bordure de l’océan. Johannesburg (Afrique du Sud), Yamoussoukro (Côte-d’Ivoire), Porto Novo (Bénin) comptent parmi les exceptions.

[7Le français est langue officielle en Algérie ; mais l’Algérie n’est pas membre de l’Organisation internationale de la Francophonie. Pour une plus d’informations, le lecteur est invité à prendre connaissance de cet article consulté le 16 juin 2012 sur le site : http://www.regardcritique.ulaval.ca/numeros_anterieurs/octobre_2008/une_possible_adhesion_de_lalgerie_a_loif/


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