Usages de Facebook pour l’apprentissage par des étudiants de l’Institut Universitaire d’Abidjan (IUA)

Par Bi Séhi Antoine Mian
jeudi 7 juin 2012 par Bi Sehi Antoine Mian

Cet article vise à documenter les usages de Facebook par des étudiants de la Côte d’Ivoire dans le cadre d’un exposé de groupe. Les données qualitatives proviennent de deux sources : les traces des échanges entre les étudiants sur la page du groupe Facebook et un entretien de groupe semi-directif. L’analyse de ces données montre que le média social de divertissement Facebook a été utilisé comme un outil d’apprentissage collaboratif par ces étudiants.

Bi Séhi Antoine MIAN, Ph.D.

Contexte

Les TIC qui transforment de plus en plus transforment notre quotidien sont maintenant associées à de nombreuses facettes de notre vie. Castells (2002) fut l’un des premiers à annoncer l’avènement de la société en réseaux grâce aux TIC. Les réseaux sociaux, et particulièrement Facebook, ont ainsi fait une entrée remarquable dans la vie des jeunes depuis quelques années. Parce qu’il semble simplifier le processus de gestion d’un vaste réseau de connexion (Lampe et al., 2011), les étudiants s’y connectent à la moindre occasion (Thivierge, 2011). En effet, il présente à l’utilisateur plusieurs canaux de communication, y compris les messages privés, les « murs » publics d’affichage, les mises à jour de statut, la messagerie instantanée, des groupes et des applications (Lampe et al., 2011). Ce réseau social a ainsi acquis une popularité incroyable en très peu de temps (Hart, 2010 ; Thivierge, 2010). De sorte que selon Thivierge (2010) ce média social fascine et inquiète en même temps.

En 2008, la MacArthur Foundation a mené une imposante étude qualitative sur la pratique des nouveaux médias par les jeunes. Basé sur une approche ethnographique, ce projet de recherche sur la jeunesse numérique a rassemblé sur 3 ans plus de 28 chercheurs et s’est intéressé aux pratiques de plus de 800 jeunes aux USA. L’analyse des données montre que ces derniers utilisaient Facebook pour passer du bon temps ensemble (Hanging out).

Certains travaux de recherche en éducation (Hart, 2010 ; Thivierge, 2011) qui s’intéressent aux usages de Facebook par des étudiants montrent que ces derniers utilisent ce réseau social pour maintenir le contact et passer du temps entre amis. Les travaux de Hart (2010) réalisés sur une population de 338 étudiants Américains dont les profils Facebook sont actifs ont identifié les éléments qui les motivent à utiliser le réseau social. Les résultats de cette recherche montrent que ceux-ci utilisent Facebook essentiellement pour maintenir des relations amicales et passer le temps. Les résultats des travaux de Thivierge (2011) réalisés au Québec sur une population de 1522 étudiants vont dans le même sens. En effet, cette étude montre que les étudiants sont actifs sur Facebook pour écrire un commentaire sur le mur d’un ami (77 %), signifier à un ami qu’on aime son intervention (77,1 %), explorer le profil d’un ami (66,2 %), clavarder (65,5 %), inscrire un commentaire ou une information sur son propre mur (60,6 %) ou envoyer un message (57,8 %). Une étude réalisée sur une population d’élèves du secondaire en Côte d’Ivoire par Koutou (2011) arrive aux mêmes résultats que les études précédentes et montre que les usages ludiques de Facebook sont encore dominants.

Par contre, d’autres travaux montrent que Facebook peut faciliter la communication informelle autour d’activités de classe (Lampe et al., 2011). Selon ces auteurs, Facebook peut faciliter la collaboration chez les apprenants ainsi la majorité des étudiants de premier cycle aux États-Unis utilisent ces sites (Ellison et al., 2007 ; Lampe et al., 2008). Plus de la moitié l’ont intégré en les utilisant à des fins telles que la communication avec leurs camarades de classe sur l’école (Salaway et al., 2008) et plus d’un quart l’ont utilisé pour un cours (Smith et al., 2009). Par ailleurs, d’autres recherches montrent que des apprenants l’utilisent en tant que site de réseautage personnel de manière à la fois formelle et informelle pour discuter sur des sujets académiques (Selwyn, 2009). Ces résultats montrent selon Lampe et al. (2011) que Facebook peut permettre l’atteinte d’objectifs éducatifs. En effet, en connectant des étudiants grâce à ces méthodes informelles ceux-ci peuvent apprendre travers des processus collaboratif de co-construction de sens.

À travers deux études réalisées aux États Unis, Lampe et al. (2011) ont cherché à comprendre comment des étudiants utilisent Facebook pour des activités collaboratives liées à la classe (par exemple, organiser des études en groupes, l’apprentissage de contenus de cours). Ces chercheurs ont cherché à montrer comment Facebook pouvait être utilisé par des étudiants comme un outil informel pour organiser leurs expériences en classe et pour explorer les facteurs qui influenceraient ces derniers à faire des usages collaboratifs de Facebook dans le cadre des travaux de classe. Ces deux études ont porté sur une population de 302 étudiants pour l’une et 214 étudiants pour l’autre. Les résultats montrent que plus l’étudiant utilise Facebook, mieux il est apte à s’engager dans une collaboration via le réseau social. De même, les étudiants qui voient le profil Facebook de leurs instructeurs et qui arrivent à entrer en contact avec eux par le biais du site sont plus susceptibles d’utiliser Facebook pour collaborer. Enfin, les résultats ont montré une corrélation positive entre le sentiment d’auto-efficacité de l’étudiant à utiliser Facebook et sa propension à collaborer à travers le réseau social. Ces chercheurs concluent que les enseignants qui refusent d’utiliser Facebook manquent une occasion de discuter avec leurs étudiants. Ils les encouragent donc à utiliser ces méthodes alternatives afin de réduire l’équivocité dans leurs classes.

Alors que des recherches réalisées aussi bien au Canada qu’aux États-Unis montrent que des étudiants utilisent de plus en plus Facebook à des fins éducatives (Lampe et al., 2011), celle réalisée en Côte d’Ivoire met en relief des usages ludiques du réseau social par des apprenants (Koutou, 2011). Le présent article voudrait documenter des usages de Facebook par des étudiants ivoiriens dans le cadre de leur apprentissage.

Méthodologie

Ce compte rendu de pratique se veut un travail exploratoire qui s’inscrit dans une démarche d’investigation par la mise en œuvre d’une enquête qualitative (Svoie-Zacj, 2004). Notre échantillonnage intentionnel (Merriam, 1998) est formé à partir d’un groupe naturel (Lecompte et Preissle, 1993) d’étudiants inscrits en Master I carrières entreprises et judiciaires (droit privé) à l’Institut Universitaire d’Abidjan (IUA). Nous avons eu connaissance de l’usage de Facebook à des fins éducatives par ces étudiants de l’IUA à l’occasion du Barcamp Abidjan 2011 organisée par une ONG visant la vulgarisation d’Internet en Côte d’Ivoire. À la fin de la manifestation, nous avons pris contact avec eux pour discuter de leur expérience. Après deux jours d’échanges sur Facebook, nous avons été admis par le modérateur comme membre du groupe Facebook secret « la justice étatique et la justice arbitrale en droit du commerce international ». Ceci nous a permis d’avoir accès à la trace des échanges qui ont eu lieu sur la page Facebook du groupe du 17 au 24 mai 2011.

Pour une meilleure compréhension de la collaboration entre ces étudiants, nous avons conçu un guide d’entretien. Le choix de notre outil de collecte s’est porté sur l’entretien de groupe semi-directif (Bensadoun-Medioni, 2010). Selon Giannelloni et Vernette (1995) cités par Bensadoun-Medioni (2010) l’entretien semi-directif permet de faire émerger les motivations les attitudes, les valeurs et les représentations associées à une situation de consommation ou d’utilisation d’une technologie. De plus, il permet de laisser le ou les répondants s’exprimer librement, en orientant l’entretien selon les thèmes qui intéressent le travail de recherche (Mian Bi, 2010). En effet, selon Patton (1990), l’utilisation d’un canevas d’entretien semi-directif permet de couvrir la matière tout en amenant l’interviewé vers les résultats escomptés. L’entretien de groupe nous a permis de mieux cerner la dynamique qui a prévalu dans le groupe d’exposé et d’explorer qualitativement les interactions qui ont eu lieu dans le groupe Facebook durant les huit jours.

Notre guide d’entretien comportait trois grandes parties :

  • Les conditions de la mise place du groupe Facebook
  • Les activités sur la page Facebook du groupe
  • Les acquis en matière d’apprentissage L’entretien de groupe qui a duré 40 minutes a été enregistré afin d’être retranscrit sous forme de verbatim. Deux sources de données nous ont permis de mieux appréhender cette expérience d’usage de Facebook pour l’apprentissage. En effet, en plus du verbatim issu de l’entretien semi-directif, nous avons les traces des échanges sur la page Facebook du groupe.

Les données de nature qualitative provenant de l’entretien et de la trace des activités sur la page du groupe ont été analysées à l’aide du logiciel QDA Miner, selon la démarche d’analyse de contenu préconisé par Van der Maren (1995) :

  • Transcription de l’entretien et de la trace des activités du groupe ;
  • Lecture et relecture des verbatim de l’entretien et de la trace des activités du groupe ;
  • Création de grille de codage avec émergence de nouveaux codes ;
  • Codage des segments ;
  • Codage inverse pour s’assurer que les segments se retrouvent dans le code approprié ;
  • Comparaison et condensation des codes (supercodes) ;
  • Réalisation de matrice ou de tableaux

Résultats

Le groupe sur Facebook : une initiative pour répondre à une nécessité

La création du groupe sur Facebook n’est pas le fait de l’enseignant mais plutôt des étudiants eux-mêmes. Selon les membres du groupe, c’est l’un d’entre eux, « qui en a eu l’idée et qui l’a partagé avec les autres membres du groupe d’exposé afin de pouvoir travailler plus facilement » (Enquêté1). Il faut noter aussi que sa création répondait à une nécessité : « étant éloignés les uns des autres il nous était difficile de nous retrouver pour travailler. Ainsi nous avons tous accepté et il a crée le groupe sur Facebook » (Enquêté1). Le groupe crée sur Facebook est né d’un groupe d’étudiants qui se sont choisis par affinité dans le cadre d’un exposé à faire en classe. Le choix de Facebook est motivé, selon l’initiateur, par le fait qu’il « était le réseau social que le grand public en général et mes amis du groupe l’avaient adopté » (Enquêté2). L’initiateur du groupe ayant une bonne expérience dans l’animation des groupes sur Facebook (il avait créé et animait de tels groupes pour la classe) est devenu le modérateur de fait. Le choix du paramétrage de la confidentialité du groupe est motivé par le fait que le modérateur pouvait mieux contrôler l’accès à la page du groupe. En effet, seuls les membres pouvaient afficher le groupe et ses membres ainsi que leurs publications. En plus d’un modérateur, le groupe s’est établi un code de conduite implicite. Ce code reposait en premier lieu sur les affinités entre les membres du groupe d’exposé « on s’est choisis dans le groupe par rapport au sérieux qu’on accordait au travail et donc on n’avait vraiment pas besoin d’un code de conduite… » (Enquêté2). De plus, le groupe avait appris des dérives vécues avec le groupe Facebook de la classe qui, lui, était un groupe public. Ainsi, « on fonctionnait un peu sur des règles mais sans trop insister car on était tous concentrés sur le travail et on évitait les dérives » (Enquêté2).

Une formation préalable pour la mise en place du groupe Facebook

À la création du groupe, cinq membres sur six avaient déjà un profil Facebook. Tous les membres du groupe d’exposé n’avaient pas un bon niveau en informatique. La mise en place du groupe sur Facebook a nécessité une formation qui a été faite par l’initiateur et modérateur du groupe « puisqu’il est un peu plus fort en Informatique il nous formait en informatique » (Enquêté1). Les cinq membres du groupe ont pu participer à ces différentes formations en ligne ou en classe lorsqu’ils se retrouvaient après les cours. Ces séances de formation ont porté sur :

  • La création d’un compte Facebook pour une des membres qui n’en avait pas : « le modérateur et moi-même avons formé pendant une seule journée une des filles membre du groupe afin qu’elle puisse se connecter et discuter sur Facebook » (Enquêté1)
  • Les techniques de recherches des ressources sur Internet avec le moteur de recherche « surtout l’utilisation des requêtes spéciales de recherches avancées sur Google et les recherches de fichier pdf. Je leur ai appris aussi l’utilisation des onglets pour une recherche efficace et rapide afin d’éviter les délais d’attente de 20 secondes » (Enquêté2).
  • L’utilisation de l’ordinateur et des logiciels de bureautiques tels que Word et Excel « une formation pratique a été de leur apprendre à copier et à coller les liens et aussi à mieux connaître certains raccourcis clavier » (Enquêté2) Il faut mentionner que l’initiateur lui-même a dû faire une auto-formation à l’usage des groupes Facebook qu’il dit avoir découvert par curiosité pendant de la crise Ivoirienne. Et cette auto-formation s’est faite à travers des groupes sur Facebook parmi lesquels le groupe espace achat vente – recherche d’emploi dont il a été modérateur et qui compte aujourd’hui plus de 17 000 membres.

Activités sur la page du groupe Facebook

Une analyse des activités sur la page Facebook du groupe montre que quatre des six étudiants ont participé à son animation. Pour l’animation du groupe, les étudiants ont utilisé certains outils et applications de Facebook que sont, entre autres : la question, l’article ou document et les groupes de discussion.

L’analyse des activités sur la page Facebook du groupe montre qu’entre le 17 et le 24 mai 2011, 38 messages ont été postés sur le mur. Une répartition des messages par types d’outils utilisés montre que 10,53 % concernent le groupe de discussion en ligne dont les traces ont été gardées par le modérateur à travers des documents Facebook. L’application « question » a été utilisée dans 5,26 % des messages et le document ou l’article dans 13,16 % des messages. L’on peut noter que 23,68 % des messages postés portent sur le partage de liens ou de ressources internet et 47,37 % sur d’autres messages (s’enquérir de nouvelles, prendre des rendez-vous, etc.). Le groupe Facebook permettait à ses membres de se soutenir mutuellement « lorsque l’une d’être nous était souffrante, on profitait pour savoir comment allait son état de santé » (Enquêté2). Toutefois, l’on note que 52, 63 % des échanges sur la page Facebook du groupe concerne des activités directement liées à l’apprentissage.

L’analyse des échanges montre que l’application question a été utilisée par les étudiants pour une bonne compréhension du thème de leur exposé. Quant à l’outil article ou document, il leur a permis de partager des productions sur des parties de l’exposé que chacun devait rédiger. Ces productions ont porté entre autres sur le plan, l’introduction et la conclusion de l’exposé. Pour ce qui concerne les rencontres de discussion en ligne, elles « étaient programmées soit au téléphone soit en classe lorsqu’on se retrouvait pour les cours. Et une fois la date fixée, le modérateur le postait sur la page du groupe » (Enquêté2). La durée moyenne de ces rencontres de discussion en ligne était de 2h. Seulement trois des six membres du groupe ont pu régulièrement y participer et « les autres apportant leur contribution souvent offline » (Enquêté2). Chaque membre du groupe de l’exposé partageait des ressources internet sur la page du groupe Facebook avec les autres. Ces échanges de ressources pouvaient faire l’objet de commentaire de la part des autres membres du groupe. Un point particulier était mis sur la source des ressources Internet partagées. En effet pour ces étudiants, mentionner les sources relevait d’une double exigence : « d’abord morale de par leur futur métier de juriste et un impératif académique pour les références bibliographiques » (Enquêté2). D’une façon ou d’une autre, pour ces étudiants, la citation des sources des ressources d’internet leur permettait de valider les informations car selon eux, « la source valide l’information » (Enquêté2).

Des acquis certains malgré des difficultés rencontrées

La première difficulté semble être l’accès à Internet. En effet, sur les six membres du groupe, trois avaient une connexion internet à domicile et les autres y avaient accès à travers les cybercafés. Ceci pourrait expliquer le fait que seulement trois des six membres participaient régulièrement aux rencontres de discussion en ligne, surtout que celles-ci avaient souvent lieu au-delà de 22 heures La seconde est due au fait qu’« avec la distance chacun est plus ou moins libre de son programme […], il y avait souvent des retards donc on était souvent obligés de continuer par le relais du téléphone pour voir la disponibilité de certains » (Enquêté2).

En dépit des difficultés de mise en œuvre, le groupe Facebook a permis à ces étudiants de pouvoir, en une semaine, élaborer leur exposé. En effet, « on a travaillé essentiellement en ligne et ce qui m’a plu c’est le fait que nous travaillons à partir de 20 heures et à cette heure-là il était très difficile et très risqué de se retrouver quelque part pour travailler en groupe à cause de la situation du pays » (Enquêté2). À travers cette expérience, les membres du groupe ont pris conscience que l’utilisation des outils informatiques en éducation n’est pas aussi évidente qu’il paraît mais « avec de la volonté de vouloir apprendre, cet outil peut être d’un apport appréciable » (Enquêté1). On peut noter certains acquis pour l’utilisation des outils bureautique « grâce à ce travail je me débrouille bien en Excel, PowerPoint et autre » (Enquêté1). Et aussi dans la recherche de ressources internet à l’aide des moteurs de recherches. Et aux dires des membres du groupe, le bénéfice le plus appréciable semble être l’accès aux ressources de qualité. En effet, « le travail de groupe nous a permis d’être très documenté et d’avoir des ressources pédagogiques de qualité […] en ligne. Moi actuellement ma bibliothèque PDF contient plus 500 ressources » (Enquêté2).

Aller au-delà des usages ludiques pour une utilisation éducative de Facebook

Pour ces étudiants, Facebook n’est plus seulement un outil ludique pour jouer à City Ville : « on peut apprendre avec Facebook. En créant des groupes comme le notre, on peut faire des exercices, on peut discuter sur des sujets d’actualité » (Enquêté1). Et pour l’initiateur et modérateur du groupe, les étudiants devraient aller au-delà des usages ludiques classiques afin d’utiliser Facebook pour « bâtir des réseaux d’apprentissage, d’affaires et de travail » (Enquêté2). En effet, pour lui alors que les usages ludiques sont passagers, les usages éducatifs de Facebok sont des usages qui peuvent se renouveler et donner « envie de revenir sur [Facebook] ». Ceci est possible car, selon lui, Facebook est un réseau grand public qui dispose d’outils (Lampe et al., 2011) faciles à mettre en œuvre et capables d’aider les étudiants à cette fin.

Pour conclure…

L’objectif de la présente étude était de documenter des usages de Facebook par des étudiants Ivoiriens dans le cadre d’un travail de groupe. L’analyse des données fait ressortir que ces étudiants ont mis à profit l’espace collaboratif purement social qu’est Facebook à des fins d’apprentissage (Lampe et al., 2011). En s’engageant dans un processus collaboratif via Facebook, ces étudiants ont voulu tirer parti des connaissances des uns et des autres par le biais de ce média social. Ainsi, ils ont ensemble cherché des informations additionnelles dans le cadre de leur travail de groupe.

Conçu à la base comme un pur réseau, Facebook semble avoir évolué de même que les usages qu’en font des étudiants. En effet, les résultats montrent que son utilisation a permis à ces étudiants de maintenir ou de créer un « esprit de groupe » qui selon Weick (1995) est un effet bénéfique possible de l’utilisation des TIC. Par ailleurs, l’analyse des données montre qu’à travers des pratiques organisées autour des centres d’intérêts (Fondation Mac Arthur, 2008), Facebook est devenu pour ces étudiants un espace d’auto-apprentissage et d’apprentissage par les pairs.

S’ils ne peuvent être généralisés à cause des limites méthodologiques, les résultats de la présente recherche semblent tout de même montrer qu’en plus d’être un espace pour passer du bon temps entre amis (MacArthur Fundation, 2008 ; Hart, 2010, Thivierge, 2011 ; Koutou, 2011), Facebook pourrait être utilisé comme un lieu d’apprentissage collaboratif (Lampe et al., 2011) et ceci en complément des plateformes classiques de formation à distance. Elle suggère donc des études portant sur la probable complémentarité entre l’utilisation de Facebook et des plateformes dans un contexte de formation à distance.

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